Publié par : Pierre Dutron | 10/12/2009

VIVE SAINT ELOI … PUSSK’I BWOI… PUSSK’I LA SWOI !!!

(en bon françois, traduit du wallon, plus il boit plus il a soif)

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Le 1er décembre est en effet dans toutes les régions sous influence de la tradition catholique romaine, une journée de réjouissance pour toutes les  ouailles du saint patron saint Eloi, les travailleurs du fer et de la terre, les gens des usines sidérurgiques, les agriculteurs, les agents des chemins de fer, des fabriques de fer, et dans ma région d’origine (ndlr :Vallée de la Sambre, Entre Sambre et Meuse), il est clair que cette journée fut pendant quasi deux siècles synonyme de jour férié tant elle concernait une majorité de travailleurs.

Vient ensuite sainte Barbe qui pendant plus de 100 ans concernera les mineurs, et toujours  les gens des métiers de la construction, les gens de secours comme les pompiers etc, si vous ajoutez à cela pour les gosses et les jeunes hommes fonctionnaires (après les nanas de 25 balais encore libres le 25 nov à la sainte Catherine) qui le 6 décembre honoreront saint Nicolas, vous comprendrez aisément que cette période des « Fêtes Patronales » fut en période de  plein emploi, une large période de répétition, avant la semaine de noël et de nouvel-an.

Tout fout’l’camp comme on dit de façon imagée, donc en période de récession, en période de crise ? Tiens oui, quelle crise ??? Donc pour les travailleurs, qu’ils soient actuellement au chômage, en maladie, au revenu d’insertion  en Belchique, ou au RMI en France, il leur reste à peine  leurs yeux pour pleurer, et commencer à stresser pour évaluer leur chance de bien finir cette putain d’année qui n’en finit de publier la liste des augmentations des prix des biens et des services…

Bref, comme disait Pépin, y’a pu pon d’yares (y’a plus d’sous), les fins de mois sont dures et ne parlons pas des fins d’années, avec l’aspect moral en plus des Fêtes d’hiver, c’est encore plus dur à supporter…

Mais est-ce pareil pour tout le monde ?

Sommes-nous tous logés à la même enseigne ?

Poser la question c’est un peu y répondre !!!

NON et NON nous ne sommes pas tous dans les 36èmes dessous, et il en est même qui s’en sortent plutôt pas mal, il suffit de voir comment les banques récompensent leurs actionnaires, comment elles soignent leurs grand timoniers et déjà on ressent une réelle discordance avec le traitement infligé au citoyen ordinaire que vous êtes, vous et moi…

De pompeuses soirées à Monaco en croisière sur la grande bleue, le train de vie de celles dont on avait privatisé les profits pour ensuite renationaliser les pertes vont plutôt pas mal, et elles se permettent même le luxe pour certaines, bien qu’ayant été sauvées par l’argent public de refuser d’octroyer des bonus d’intérêts octroyés par les lois de réhabilitation qu’elles  n’auront pourtant qu’à récupérer ensuite des caisses de l’Etat… Incroyable, immoral, inadmissible, pour moi c’est une raison suffisante pour en appeler à la renationalisation de tout le secteur bancaire et à la mise en camps de travail (réels) de tous ces dirigeants inciviques, traîtres à la nation et aux citoyens que nous sommes.

Quand à cette date du 1er décembre 2009, je crois bien que pour nous, citoyens profondément Européens, mais pas preneurs de cette Europe que l’on nous impose à partir de ce jour, sera une date historiquement funeste, désastreuse. Dans 20ans, 30ans, qui sait 50ans, après de durs et longs combats réussira-t-on à inverser le cours des choses, mais en attendant commence pour nous une longue et pénible galère, un combat quotidien pour une véritable Europe des peuples et des cultures, une Europe qui balaiera le traité de Lisbonne qui est dans sa lettre et son esprit a été majoritairement rejeté par trois pays lors de leur référendum en 2005 et 2008, la France, la Hollande et l’Irlande… Ce qui avec la règle de l’UNANIMITE, est suffisant à le rendre nul et non avenu.

L’Histoire (avec un grand H) oubliera bien vite le duo de nuls qui dirigeront les débats les 5 premières années (un sombre flamand manieur du sabre et du goupillon et une laborieuse rosbif dont tout le monde ignorait jusqu’à l’existence avant sa désignation), choisi par les amis du vicomte Davignon et ses amis du moulin de la Galette (trilatérale, bilderberg and cie) vaillamment défendus par  le nouveau duo rive droite, rive gauche du Rhin pour donner le change d’une légitimité politique.

En réalité, cette équipe de gens habitués à vivre couchés va se contenter de permettre au grand capital de maintenir sa chape de plomb sur le presque demi milliard d’européens que nous sommes, de poursuivre son détricotage des modèles de services publics que certains de nos pays avaient mis plus de deux siècles à construire patiemment, de détruire lentement mais sûrement tous les mécanismes sociaux de protection (santé, chômage, pensions, etc…)  que nos grand parents ont arrachés par des luttes âpres et souvent inhumaines.

C’est cela la vraie signification de cette date inoubliable pour nous, enfants de l’après 2ème guerre mondiale, jeunes grévistes de mai 68, militants syndicalistes, politiquement engagés à gauche, à la gauche de la gauche et même aussi qui partout où nous le pouvons engagés pour le progrès de l’humanité…

Ce 1er décembre 2009 est et restera pour moi, né un 24 septembre 1950, la plus moche des dates à retenir, le jour le plus sombre de mon combat social et politique celui de la capitulation en rase campagne de tous nos idéaux, de toutes mes valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, de Justice, de Solidarité, nous entrons dans l’ère de la déshumanisation sur une grande échelle et la lutte plus que jamais va devoir s’organiser à un moment où nos moyens seront moins forts, moins favorables à la mobilisation.

Je mesure aujourd’hui combien sont coupables les porteurs de cette 3ème voie qui en pleine période de force et de puissance nous ont appelés à freiner la lutte des classes (celle du bas vers le haut), ils nous ont endormi, ils nous ont menti, ils se sont servi, et pendant ce temps là,  les tenants de la lutte des classes du haut vers le bas ont tissé leur toile, ont placé leurs gens, et nous sommes maintenant ficelés, bâillonnés et bien malin celui qui aujourd’hui pourra nous dire comment nous arriverons à sortir la tête de l’eau, autrement que par la violence…

Vivre debout ou vivre couché, bien souvent cette phrase fut galvaudée, mais aujourd’hui elle prend toute son ampleur, toute sa réalité, mes forces physiques ne sont plus ce qu’elles furent mais ma lucidité est encore là je m’engage donc devant vous qui me lisez en cette période de mise en place funèbre pour le monde du travail de tout le continent européen, à rester au maximum aux côtés de ceux qui décideront dans le courage et l’abnégation de se battre pour rester debout.

Le combat va être difficile, à nous de nous organiser car si il est vrai que nous avons moins de moyens que ceux d’en face, il est aussi vrai que nous sommes et de très loin beaucoup plus nombreux qu’eux, il nous reste donc à savoir une fois pour toute unir nos forces, coordonner nos luttes pour que morceaux par morceaux nous sauvions ce qui peut encore l’être et posions des actes novateurs de reconstruction de ce qui aura été irrémédiablement détricoté par les conservateurs anti sociaux de ce pouvoir capitaliste en déclin.

OUI APRES LE CAPITALISME IL Y A AUTRE CHOSE.

CET AUTRE CHOSE C’EST NOUS.

NOUS C’EST LE PEUPLE.

NOUS C’EST LA CULTURE EUROPENNE.

NOUS C’EST LA VIE APRES LA MORT DU CAPITALISME.

VIVE L’EUROPE DES PEUPLES ET DES CULTURES.

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Sans faillir à son style, l’ex-président du parlement wallon, José Happart, a refusé de faire la bise à celle qui lui a succédé alors qu’Emily Hoyos lui remettait, mercredi, une décoration, comme à d’autres anciens parlementaires. Après avoir reçu la médaille de Grand Officier de l’Ordre de Léopold des mains de la présidente, M. Happart a eu des mots très durs à l’égard de Mme Hoyos dans une allocution prononcée au nom des jubilaires.

« Je n’ai pas apprécié la façon dont vous nous avez traîné dans la boue, moi et mes collègues, sur nos indemnités de départ », a-t-il dit, avant de préciser qu’il n’était pas venu à cette cérémonie pour régler des comptes. M. Happart a rendu hommage aux parlementaires « qui ont tout sacrifié à la vie politique avec honnêteté, sérieux et un engagement profond ». Et de revenir à sa successeur en s’adressant au doyen de l’assemblée, Serge Kubla. « On a mis un Jean-Luc Dehaene pour escorter M. Leterme. M. Kubla, si vous avez un peu de temps, accompagnez de vos bons conseils la jeune présidente. Le parlement wallon en tirera profit », a-t-il déclaré. Emily Hoyos n’a pas bronché. Le député Luc Tiberghien (Ecolo) a en revanche quitté la salle. « Je suis parfois d’accord avec toi mais là, ça ne se fait pas », a-t-il lancé à M. Happart. M. Happart a été au centre d’une polémique à propos des indemnités de départ des parlementaires qui ont dépassé dans son cas comme dans celui de quelques autres les 500.000 euros. (NBA)

Publié par : Pierre Dutron | 01/11/2009

MANIFESTE EUROPEEN 2008

wallon todi liberté

MANIFESTE EUROPÉEN
POUR
L’EUROPE FÉDÉRALE DES RÉGIONS
L’EUROPE DE LA DECROISSANCE !

 

CRISE DE CIVILISATION – FAILLITE DE SOCIETE

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Les pays d’ Europe demeurent attachés au  brillant d’une civilisation qu’ils croient toujours existante ; il s’ensuit une rupture entre les faits et leur représentation. La seule crise de civilisation que nous connaissons localement est celle des pays d’Europe, la croissance comme vecteur unique économique est devenue insupportable pour notre planète, contraints ou forcés, la décroissance est notre menu du futur, à nous de le penser et de l’organiser.
Aux affronts et à l’aliénation, d’une classe possédante et gouvernante, depuis des siècles de pouvoir, qui ne répond que par l’entretien des illusions et des artifices. C’est à sa soumission  et à son obéissance que l’Europe doit sa prolongation d’existence. Cette classe n’est pas libre, elle n’est qu’un otage entre les mains de la superpuissance américaine et des conflits entre impérialismes. Car c’est bien la caractéristique majeure ds temps que nous vivons.
Si nous définissons L’IMPÉRIALISME, (comme le firent Hobson en 1902, Rosa Luxembourg en 1913 et Lénine en 1917) comme l’alliance de la puissance financière et de la puissance militaire, force est d’identifier, au moins trois impérialismes concurrents : celui des États Unis, le Chinois et le Russe.
Tous trois sont des hyperpuissances militaires ; tous trois sont devenus des hyperpuissances financières : les USA avec ses « Hedge Funds » ; les russes et les chinois avec leurs « Fonds souverains ».

 


Très logiquement, cette classe dominante Européenne impose des mythes et modèles totalement étrangers à notre civilisation et à l’esprit européen, en particulier la société dite « de consommation » et plus exactement de production, société massifiée à l’extrême dans laquelle la communauté populaire a totalement disparu au profit de la machine, du papier-monnaie et de la matière en général.

 


Vu cet état de choses, il est logique que notre société se déshumanise de plus en plus, que la presse n’ait plus de vie et, finalement, que rien de sérieux ne soit jamais remis en question.
Remédier à cet état de fait, c’est donc découvrir les causes de cette faillite. L’important étant de redonner à l’Europe le Moral qui lui manque, l’Ethique et l’Esthétique qui lui font défaut, la question est simple à poser : il nous suffit d’être maîtres chez nous.
Contre les idéologies mondialistes, c’est-à-dire impérialistes, nous affirmons que les Etats-unis ont leur vie propre qui n’a rien à voir avec celle de l’Europe (ou qui ne devrait rien avoir). L’Europe doit donc se  présenter comme une rupture altermondialiste  à l’uniformisation entreprise.
Les sociétés n’échappent pas à certaines significations historiques ou à celles qui procèdent de l’analyse de la réalité. La liberté est le ciment qui doit unir l’Europe. L’Europe doit donc être aussi porteuse des idéaux internationalistes chers à ses grands penseurs Européens qui ont portés par le passé  les espoirs de tant de travailleurs dans le monde.

LIBÉRATION DE L’EUROPE

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La Libération, cela signifie un désengagement complet et total des Américains en Europe, la fin de la colonisation de l’Europe par les Américains.  Désengagement qui doit se faire tant au niveau militaire – retrait de l’Alliance atlantique – qu’au niveau économique – socialisation autogérée de toutes les firmes économiques américaines installées en Europe.
La Libération de l’Europe est un préalable indispensable à tout début d’unification européenne. Il ne peut y avoir unification tant que l’Europe sera sous la dépendance des Américains, et il ne peut y avoir indépendance de l’Europe aussi longtemps que notre territoire ne sera pas libéré de ses oppresseurs.
L’unification de l’Europe ne pourra se faire qu’à partir d’une volonté politique forte : – Un État  fédéral européen, seul capable d’assurer la puissance et la force  et par des  moyens ayant la DIMENSION EUROPÉENNE.

UNE EUROPE SUPRANATIONALE

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Nous vivons à  l’ère des grands ensembles politiques et il n’existe plus de petites nations réellement indépendantes. C’est une loi de physique politique, une question de DIMENSION, d’autant plus que les Etats nations sont souvent artificiels, notamment en matière culturelle et ethnologique . Il n’est plus question de compter avec la France, avec l’Allemagne ou avec l’Italie. Si nous voulons être libres, nous devons être forts et pour être forts, il nous faut faire l’Europe Sociale des régions naturelles. Cette vision européenne s’oppose radicalement aux nostalgies, aux partisans des anciennes nations et autres revanchards.

Par conséquent, nous condamnons :

 

Les nationalismes réducteurs et exacerbés qui agitent la gauche comme la droite, qui ne sont que diviseurs de l’Europe et donc, consciemment ou non, anti-européens. Les frontières des Etats nations d’Europe doivent être effacées pour faire place à un redécoupage réaliste des régions avec l’autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes pour aboutir à une quasi supranationalité garante de l’indépendance politique de cette Europe fédérale.
A fortiori, nous devons favoriser les aspirations culturelles et socio-économiques régionales  totalement unficatrices et proches du citoyen souvent hésitant face « à la cause européenne ».

Nous devons donc comprendre et rencontrer  les motivations des peuples flamand, basque, corse ou breton ou wallon, il faut savoir que plus  l’Europe des régions,  sera le plus grand commun dénominateur des peuples qui la compose, et plus elle sera la garante de son unité , tendant ainsi à se libérer de ses « protecteurs », qu’ils soient Américains ou autres.
Notre Europe sera donc également une Europe de régions souveraines dans un cadre Fédéral.

Cette conception d’une Europe Fédérale des Régions Souveraines nous paraît également constituer le meilleur rempart contre les désordres et guerres ethniques actuelles.
Cette conception nous paraît aussi la seule qui puisse dépasser les « indépendantismes et les Rattachismes »

Nous sommes donc favorables aux formes de régionalismes capables de s’intégrer dans le cadre de cette EUROPE supra nationale  et ce, pour le bien de tous.

L’ESPRIT COMMUNAUTAIRE EUROPÉEN

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Notre esprit communautaire européen est une volonté de libération par opposition aux expansionnismes. C’est celle des hommes qui ont eu et qui ont un destin en commun. Le cadre naturel où cette volonté doit s’exercer et le seul qui puisse la rendre efficace, c’est tout simplement l ‘Europe Fédérale des Régions.

L’ESPRIT COMMUNAUTAIRE EUROPÉEN résume à lui seul notre originalité. Il est un projet politique et social global, total. Les Européens conséquents veulent la liberté de l’Europe, donc son indépendance,  politique et économique, et la justice.

Il intègre donc le socialisme.

Notre ESPRIT COMMUNAUTAIRE EUROPÉEN est un PROGRESSISME DE RUPTURE dans la mesure où ne reniant en rien le passé des divers peuples de l’Europe, il tient compte des mutations et des réalités socio-économiques de cette fin de siècle et veut préparer le XXIème.

Tel est le projet que nous devons partout propager. Mais que serait ce projet s’il ne reposait sur une volonté politique, celle de créer par-delà l’Union Européenne un Fédéralisme d’Union  et un Socialisme européens sur base d’une décroissance écologique et économique pensée, voulue et réfléchie? Un Fédéralisme altermondialiste intégrant les apports de Forums sociaux mondiaux et régionaux.

FÉDÉRALISME D’UNION ET SOCIALISME EUROPÉENS

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Le problème est de savoir si les peuples européens veulent vivre libres, ou si en ce 21ème siècle ils tolèreront encore  d’être des esclaves dans une Europe dominée. Pour être maîtres de leur destin, disposer d’eux-mêmes, les Européens doivent être les artisans de leur Libération et les réalisateurs de l’Europe Unie, d’un Etat Fédéral européen unique. Ce qui signifie :
Un Gouvernement Européen UNIQUE – donc un EXÉCUTIF et un pouvoir législatif uniques – lequel gouvernement UNITAIRE aura pour charge minimale la défense, la politique extérieure, les finances et les grands secteurs de l’économie (des socialisations seront nécessaires), et la justice.
L’organisation de cet État européen  en Régions  (s’appuyant essentiellement sur  des critères géo-économiques) disposant d’une autonomie de gestion dans les domaines économiques et culturels.

C’est seulement dans ce cadre que nous pourrons parler de Constitution Européenne que l’on veut aujourd’hui nous imposer pour mieux masquer notre soumission au néolibéralisme, uniquement si l’Europe devient UN ÉTAT FÉDÉRAL CAR CE SONT BIEN LES ÉTATS QUI ONT BESOIN D’UNE CONSTITUTION. L’EUROPE ACTUELLE N’A BESOIN QUE D’INSTITUTIONS.

C’est bien tout ceci que sous-tend le débat sur « constitution et institutions » et non un problème sémantique.
Le Socialisme Européen rénové, garant de l’Indépendance économique et de la Justice sociale implique et affirme la primauté du politique sur l’économique. Ce socialisme construira l’Europe comme l’un des piliers d’un nouveau multilatéralisme qui refusera la logique de l’affrontement entre impérialismes et sera, en cela porteur de Paix et d’alliance avec les autres Peuples du Monde ; il sera donc Altermondialiste.

Mais l’unification de l’Europe demeure avant tout un  problème politique, et les technocrates de Bruxelles et Strasbourg montrent à quel point ils sont incompétents dans la réalisation de cette Europe politique que nous voulons. Ils ne sont compétents que dans la soumission.

L’instauration d’un POUVOIR POLITIQUE est un préalable à toute unification, économique et sociale, et tout débat, tout choix de société restent vains tant qu’il n’est pas atteint.
C’est ainsi que l’Union Européenne actuelle, dénuée de toute substance politique, consiste en une union douanière et un grand marché soumis à la Mondialisation capitaliste, à la globalisation financière qui l’accompagne et rien d’autre.

Elle s’est révélée être une formidable machine au service de la pénétration capitaliste américaine et mondiale.

L’affranchissement de l’Europe du capitalisme, des multinationales, des Fonds Privés et des Fonds Souverains passera par le socialisme européen, mais avant tout par la construction d’un État fédéral européen et de la lutte pour le démantèlement des paradis fiscaux qui permettent au système actuel de fonctionner.

DES MOYENS ET UNE ORGANISATION

UN MOUVEMENT  EUROPÉEN

ALTERMONDIALISTE ET UNITAIRE

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L’instauration d’un Etat Fédéral  européen, implique de tels changements que l’on peut parler, à juste titre, d’une REVOLUTION EUROPEENNE.
Le seul agent, qui nous semble actuellement
susceptible de remplir ces objectifs est le Mouvement Altermondialiste Internationaliste.

Ce mouvement, encore à construire aujourd’hui, se doit de pouvoir mener dans un avenir rapproché une action de dimension continentale contre les représentants de l’impérialisme américain et des autres impérialismes, et de dénoncer les professionnels de la politique complices conscients ou non de ces impérialismes.

Ce mouvement que nous voulons construire sera le fer de lance de cette PRISE DE CONSCIENCE qui sera demain le point de convergence des bâtisseurs du 3ème millénaire.

« un peu d’internationalisme éloigne du patriotisme, beaucoup d’internationalisme en rapproche » Jean Jaurès

Pierre DUTRON  Président du Rassemblement Populaire Wallon (Wallonie) –

Guy DUTRON  co-animateur de la Coordination Gauche Alternative du Hainaut (France) –

14 juillet 2008

Publié par : Pierre Dutron | 10/11/2008

Pétition enseignement du Wallon en Wallonie

Pétition 2008-2009 en faveur de l’enseignement des langues régionales endogènes dans les écoles maternelles et primaires de Wallonie dès la rentrée 2009-2010

Les soussignés, persuadés que nos langues régionales ne peuvent être transmises par voie familiale,

– estiment que seuls des cours dispensés dans les écoles maternelles et primaires des différents réseaux peuvent leur donner une chance de survie;

– réclament donc des ministres et responsables de l’enseignement en Communauté française qu’ils intègrent et organisent ces cours dans le cadre des programmes scolaires imposés.

Signer la pétition svp!

Publié par : Pierre Dutron | 16/09/2008

Livre blanc pour la Wallonie – Phase I

Enseignement, politiques sociales, culture, relations internationales, médias : pour une Wallonie maîtrisant  tous les leviers de son développement.

Livre blanc pour la Wallonie – Phase I

Dans le droit fil du Manifeste pour la culture wallonne de 1983 et du Manifeste pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation et de sa recherche de 2003, notre groupe de réflexion, issu de la grande réunion-débat publique du 29 février 2008 à Namur « Pour un projet politique mobilisateur de la société wallonne », réunit des citoyennes et des citoyens de Wallonie actifs dans les milieux associatif, culturel, syndical, social, économique et politique.

Nous avons réfléchi ensemble à la suite que nous voulions donner à cet événement et, à l’occasion des Fêtes de Wallonie, nous avons rassemblé dans ce Livre blanc les premières contributions des membres de ce groupe.

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Nous sommes pour une Wallonie offensive définissant ses objectifs mais nous ne sommes évidemment pas obsédés par l’institutionnel. Nous voulons pour les citoyens wallons une Région qui n’oublie pas les priorités de ses habitants, la lutte pour un renforcement du niveau de vie et contre le chômage. Nous souhaitons que, grâce aux réformes institutionnelles, les difficultés de nos concitoyens soient mieux prises en compte.

Le temps du refus de négocier est révolu.

Il faut se préparer à négocier avec les Flamands, avec sérénité en définissant nos revendications et en les faisant connaître.

Nous concevons le débat institutionnel sur base de 3 Régions et non plus de 2 communautés.

Nous refusons la dilution des institutions wallonnes dans une fédération Wallonie-Bruxelles, nous voulons un redéploiement des compétences de la Communauté française vers la Wallonie et Bruxelles.

La solidarité entre la Wallonie et Bruxelles ne peut avoir pour prix la suppression ou l’occultation d’une des deux entités, mais elle doit, au contraire, respecter l’identité et les intérêts propres des deux populations.

L’institution communautaire francophone, basée seulement sur la langue et la culture, est porteuse d’enfermement et de repli identitaires ; elle constitue en elle-même un obstacle à l’harmonisation et à l’accélération du redéveloppement régional.

Nous voulons trois Régions, chacune avec son identité propre, des institutions cohérentes et la capacité de développer des coopérations efficaces car tissées entre des partenaires égaux.

La maîtrise et la gestion par la Wallonie des compétences culturelles au sens large – à savoir l’enseignement, la recherche, les politique culturelle, sportive et sociales, les médias et les relations internationales – sont un facteur indispensable à la définition d’un véritable projet de développement cohérent et intégrant les dimensions économiques, sociales, environnementales, éducatives et culturelles.

La solidarité et la complémentarité entre la Wallonie et Bruxelles peuvent se matérialiser et se renforcer de manière réellement efficace par une collaboration large de Région à Région, sans impliquer, par définition, la dilution de l’une d’entre elles au sein d’institutions communes.

La liste des compétences fédérales devra être établie de manière restrictive (conformément à l’article 35 de la Constitution) tout en garantissant une fiscalité des entreprises identiques dans l’ensemble du pays et en renforçant d’une part la solidarité interpersonnelle par une sécurité sociale forte et d’autre part l’unicité du droit du travail, appréhendés tous deux dans un sens large, et ce pour l’ensemble des travailleurs, indépendamment de leur lieu de travail ou de leur domicile.

Le transfert complet de compétences déjà largement régionalisées, comme par exemple l’environnement, l’énergie ou l’agriculture, constituerait une évolution logique dans une optique de renforcement de la cohérence donc de l’efficacité des politiques régionales.

En regroupant au sein de leurs instances respectives de pouvoir les compétences relevant des domaines tant matériels qu’immatériels, les Régions wallonne et bruxelloise seront en outre en mesure de jouer un rôle décisif dans l’évitement de la crise d’État qui aujourd’hui menace, et cela en tant que désormais reconnus comme les seuls interlocuteurs véritablement habilités et réellement efficaces des négociateurs de la Communauté-Région flamande.

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Le Livre blanc pour la Wallonie – Phase I présente un premier état intermédiaire – condensé et encore partiel – de nos travaux en cours, réparti en 5 chapitres spécifiques correspondant aux compétences dont l’exercice par la Wallonie et Bruxelles est dès à présent réclamé :

1. Culture et citoyenneté en Wallonie

2. Pourquoi et comment il faut régionaliser l’enseignement

3. Pour une régionalisation de l’accueil de l’enfance et des autres matières personnalisables

4. Un nouveau paysage audiovisuel public :
pour une télévision « de Wallonie et de Bruxelles » ;
pour des radios wallonnes, bruxelloises et « de Wallonie et de Bruxelles »

En conséquence de la régionalisation des matières culturelles, l’audiovisuel public doit s’organiser selon une organisation administrative bi-régionale. Ce qui implique, entre autres, l’effacement de la RTBF communautaire au profit d’une structure en réseaux, celle-ci évitant au maximum de nouveaux et coûteux investissements techniques et reclassant le personnel de la RTBF dans les entités composant ces réseaux.
En matière de télévision, il s’agira d’installer un seul opérateur public, la « Télévision de Wallonie et de Bruxelles », mis en place par décisions conjointes des deux Régions, dans un contrat de gestion à trois signatures.
En matière de radio, chaque Région aura une autonomie complète pour créer son ou ses opérateurs publics sous contrats de gestion distincts. Avec possibilité pour les deux Régions, si elles en convenaient entre elles, de créer ensemble une ou des chaînes de radio thématiques « de Wallonie et de Bruxelles », selon le modèle de la Télévision.
En matière d’information de service public (radio, TV et Internet), un seul organe de presse autonome serait créé conjointement par les deux Régions sur le modèle d’organisation de la Télévision. Il serait fournisseur de toutes les chaînes (« clientes »), selon l’organisation informatique de la « newsroom » multimédia.

5. Promouvoir la Wallonie sur la scène européenne et mondiale

La Wallonie est déjà devenue un acteur à part entière sur la scène internationale. Mais ce rôle, trop méconnu des citoyens wallons, doit être amplifié :
 dans les instances de l’Union européenne en y renforçant la participation des ministres régionaux ;
 au sein de l’Organisation Internationale de la Francophonie où la Wallonie (troisième contributeur à son financement) devrait bénéficier d’une représentation directe au côté de Bruxelles ;
 sur la scène mondiale où les Régions devraient cogérer les « affaires étrangères » de la Belgique, y compris la coopération internationale au développement multilatérale et gouvernementale ; pour la coopération non gouvernementale, nous exigeons la régionalisation immédiate des budgets et du personnel prévus pour la gestion des programmes de la coopération internationale menée par la société civile des trois Régions avec des partenaires du Sud.

* * *

A l’heure où des négociations institutionnelles se préparent et à quelques mois des élections régionales, le présent Livre blanc pour la Wallonie doit donc être perçu comme un point de départ, qui en appelle à l’imagination de tous nos dirigeants et représentants : qu’ils soient conscients qu’il est de l’intérêt des Wallons comme des Bruxellois de se doter des instruments politiques et institutionnels qui garantiront leur avenir.

Il est grand temps de laisser pour de bon derrière nous un État-Belgique où deux Communautés se font face, afin de permettre aux 3 Régions de s’épanouir, chacune avec son identité propre et des institutions efficaces et simplifiées.

Namur, capitale de la Wallonie, le 16 septembre 2008

François ANDRÉ (Politologue ; Mouvement du Manifeste wallon ; revue Toudi)
Francis BISMANS (Professeur et militant politique)
Thierry BODSON (Syndicaliste)
Robert COLLIGNON (Juriste ; ancien Ministre-Président de la Région wallonne)
Raymond COUMONT (Syndicaliste)
Jean-Maurice DEHOUSSE (Ancien Ministre-Président de la Région Wallonne ; ancien Bourgmestre de Liège)
Jacques DUPONT (Wallonie Libre ; Comité wallon d’Action pour les Relations extérieures)
José FONTAINE (Revue Toudi)
Michel GIGOT (Vice-Président du Mouvement du Manifeste wallon ; CWARE)
Christophe HAVEAUX (Chargé de communication ; revue Toudi)
Jean-Pol HIERNAUX (Fonctionnaire)
Philippe HUBERT (Militant wallon)
Jean-Émile HUMBLET (Professeur émérite ; Sénateur e.r. ; CWARE)
Jean-Pierre LAHAYE (Club Walco)
Janine LARUELLE (Secrétaire du Mouvement du Manifeste wallon)
Daniel LAURENT (Mouvement socialiste)
Jean LOUVET (Président du Mouvement du Manifeste wallon)
Dominique NAHOÉ (Journaliste)
Christian NAPEN (Conseiller politique)
Jean PIROTTE (Historien ; Président de la Fondation wallonne P.M. et J.F. Humblet)
Daniel RICHARD (Syndicaliste)
Annette ROBYNS (Militante wallonne)
Annick THYRÉ (Syndicaliste)
Laurent VANDAMME (Wallonie Libre ; CWARE)
Jean-Claude VANDERMEEREN (Syndicaliste)
Yves WÉZEL (Économiste)

Le Québec veut devenir souverain à la suite d’un acte solennel : un référendum du peuple. Je peux le comprendre. Il faut des actes solennels pour que l’on puisse accéder à la souveraineté. Quand on lit les politologues, les juristes, les déclarations du parlement wallon (en 2004), on a le sentiment que la Wallonie est souveraine.

Lire tout l’article sur Vigiles.Net – 30 août 2008

La question sociale revient sur la scène politique

Depuis plusieurs décennies, la vie politique au Québec se réduit à l’alternance entre le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ), actuellement au pouvoir. Hormis sur la question de la souveraineté, les politiques menées par les deux formations sont très proches. D’où, à la veille des élections provinciales du 26 mars, la création d’un parti, Québec solidaire, se présentant comme un rassemblement pour une alternative de gauche et qui ne dissocie pas la question sociale de la question nationale.

Par Gilles Bourque

Lire tout l’article dans Le Monde Diplomatique  –  Mars 2007

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/03/BOURQUE/14502

Publié par : Pierre Dutron | 02/09/2000

La question de la monarchie, par Ludo Abicht [Toudi]

Source:  TOUDI mensuel n° 24 , décembre 1999 – http://www.toudi.org

Ludo Abicht

Professeur de philosophie à l’Université d’Anvers, président du Masereelfonds, candidat Agalev au Parlement flamand (« Evidemment, je n’écris ni au nom du Masereelfonds ni d’Agalev mais comme citoyen flamand de gauche engagé »)

La question de la monarchie, c’est historiquement la rencontre deux bizarreries: d’abord, la sympathie des Flamands pour la monarchie durant l’ “ affaire royale ” s’est fondée sur un formidable malentendu. Les Flamands catholiques et conservateurs, qui prédominaient, virent en Léopold III la figure de proue du catholicisme dans cette période d’après-guerre. Et ils virent en lui un monarque qui, du fait de sa propre expérience, était à même de faire preuve de plus de compréhension pour le type flamand de collaboration que ses adversaires wallons de gauche et laïques. En fait, ces Flamands étaient “ pro-Roi ” sans être pour cela expressément monarchistes. Ils oubliaient par là que la Dynastie ne fut jamais dans le passé, pour rester modéré, un modèle d’ouverture d’esprit face à l’émancipation flamande.

En second lieu, les rôles semblent aujourd’hui inversés dans l’euphorie médiatique autour du mariage princier: les Wallons et les Francophones se révèlent d’ardents monarchistes, peut-être en partant du raisonnement selon lequel la monarchie, garante de l’unité fédérale, est à même de s’opposer à, ou de freiner l’indépendance économique et financière de la Flandre, indépendance qu’on redoute. Exactement comme les Flamands de 1950, les Wallons ne semblent pas voir que la monarchie ne défend pas la Wallonie, mais tout au plus l’establishment bruxellois et à vrai dire francophone, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Il en résulte que le courant de pensée républicain en sort réellement handicapé dans les deux régions. Ni les grands partis wallons et francophones, ni les grands partis flamands ne s’expriment de manière claire sur la suppression de la monarchie et l’installation de la République. En Flandre, demeure seulement un fort courant républicain dans la (petite) Volksunie, mais il ne dicte apparemment pas la stratégie actuelle du Parti. En ce qui concerne le “ républicanisme ” du Vlaams Blok, soyons bref: ils luttent certainement pour un État flamand indépendant et républicain, mais en réalité un État ethno-nationaliste dans la pire tradition du nationalisme d’extrême-droite. Le choix entre leur “ république ” non-démocratique et une monarchie démocratique est donc vite fait.

Pourtant le problème se situe plus profond: une monarchie, par définition, ne peut être démocratique parce que de facto la Dynastie est plus qu’une institution purement représentative ou protocolaire. La Dynastie belge a dans le passé lointain et plus récemment démontré à plusieurs reprises qu’elle pouvait constituer un élément important dans le rapport des forces au coeur de la vie politique et s’en servir quand cela l’arrange (l’affaire Lumumba, la question de l’avortement, la politique en Afrique centrale etc).

Lorsque nous, comme Flamands de la tendance “met de Walen maar zonder België ”, nous aspirons à une réforme démocratique et réaliste de cet État, nous savons que nous ne pourrons y parvenir que par une confédération de deux Républiques autonomes, qui, sur un pied d’égalité et de manière partenariale, décident dans quelles matières elles doivent collaborer efficacement et démocratiquement, entre autre sur la question du statut de Bruxelles où dominent les Francophones. Elles collaboreront en défendant leurs intérêts à l’extérieur et à travers une réorganisation des finances et de la Sécurité sociale engagée de commun accord et sur la base d’une bonne foi réciproque. La Flandre n’a absolument aucun intérêt à une Wallonie affaiblie socialement et économiquement, au contraire. A terme, la Wallonie n’a, elle non plus, que peu d’intérêt à une Flandre démographiquement et économiquement plus forte sans cesse de plus en plus exacerbée par le blocage fédéral de son développement et qui à cause de ce blocage prêtera plus facilement l’oreille au chant dangereux des sirènes séparatistes non-démocrates.

À une époque où l’on insiste tant, à juste titre, sur la diversité, le maintien d’une forme unitariste d’union ne pourra qu’aggraver les tensions, alors qu’il y a tant d’espace pour des formes authentiques de solidarité entre la Wallonie et la Flandre. La solidarité authentique est en effet toujours libre et réciproque, et non pas imposée et unilatérale: cela vaut évidemment pour les deux régions concernées. Avant la naissance de l’État belge unitaire, les régions wallonnes et néerlandophones avaient déjà efficacement coopéré sans vouloir se dominer l’une l’autre. Tout le mouvement flamand peut se ramener au développement d’un projet consciemment flamand de se construire et en même temps toujours de plus en plus adversaire de l’édifice belge imposé de 1830. Quand cet édifice sera déconstruit et que les deux communautés vivront dans la liberté et se rencontreront “ les yeux dans les yeux ”, la monarchie, pierre d’angle et symbole de ce système unitaire, sera en vérité superflue et disparaîtra d’elle-même. Il est donc important de commencer le travail de déconstruction de l’édifice belge pour que Wallons et Flamands apprennent à être républicains. Que les deux communautés vivent donc à leur propre rythme et se développent de même, n’a rien que de normal. Qu’elles élaborent de concert les fondements de pareille perspective et qu’elles apprennent peut-être à s’estimer, c’est en tout cas, pour le groupe des flamingants de gauche et internationalistes, provisoirement minoritaires, au rang desquels je me compte, quelque chose qui va de soi.

Vivent les républicains!

Ludo Abicht

Publié par : Pierre Dutron | 01/12/1999

Cinq objections à la République

Source:  le n° 24 de TOUDI mensuel,  décembre 99 – http://www.toudi.org

1) “Il y a des problèmes plus importants« 

La misère du tiers monde, le chômage, la pollution etc. Oui! Mais la monarchie, système symbolique englobant, inspire à la société la manière dont elle se perpétue et en diminue le sens citoyen, déjà brisé par la Pensée unique… Toute opposition à la monarchie ébranle en profondeur: remobiliser les esprits contre le roi entraînera un sursaut de la citoyenneté, la chose essentielle à opposer à la Pensée unique. Les plans techniques (la réduction du temps de travail par exemple que cette revue étudie régulièrement) pour se libérer de la tyrannie du Marché seront vains sans cette mobilisation citoyenne, à même d’alimenter toutes les luttes et d’en hâter à chaque fois l’issue.

2) “Un Président de la République coûterait aussi cher

La République, ce n’est pas remplacer un Chef de l’État héréditaire par un Chef d’État élu. En Suisse, la fonction de Chef de l’État est exercée à tour de rôle par des ministres confédéraux. Donc…

Au demeurant, nous n’avons jamais mis en cause les “ listes civiles ” (260 millions pour la Maison du Roi), même si la famille royale est très riche (100 milliards d’avoirs mobiliers et immobiliers). Ce qui choque, c’est le coût social du théâtre monarchique, mobilisant médias, appareil de l’État. Ou encore l’action de la Fondation Roi Baudouin. Le tout permettant des intervention politiques réelles de la monarchie, indiscutées, car couvertes et secrètes, au secours des groupes conservateurs les plus équivoques (Rwanda, avortement, unitarisme réactionnaire… et même jadis: le fascisme).

3) “Le Roi garantit l’unité du pays”

L’ idée date seulement de la fin du règne d’Albert Ier. Son fils, Léopold III, obstiné à refuser de voir que son attitude de guerre heurtait la Résistance et les démocrates, et à se maintenir contre les Wallons, fut la cause de dizaines d’attentats à la bombe suivis d’une grève terrifiante qui mena la Belgique au bord de la désunion (juillet 50).

Les citoyens adultes de Flandre, Wallonie et Bruxelles n’ont nul besoin de personnages plus ou moins sacrés pour s’accorder démocratiquement, personnages qui n’ont d’ailleurs même pas joué le rôle d’arbitre qu’on leur prête (leur partialité – droite catholique – est de plus évidente).

[“  Le Président serait toujours flamand ”]

S’il y avait un Président (même pas nécessaire) celui-ci pourrait n’avoir qu’une fonction protocolaire.

4) “La monarchie disparaîtra d’elle même”

Mouvements flamands et wallons rêvent d’un éclatement rapide du pays qui annulerait la monarchie ipso facto. Mais, même si c’était exact, la monarchie a imprégné nos sociétés d’une mentalité qui continuerait à agir au-delà de l’éclatement. Le combat doit donc être mené sans attendre.

Le fédéralisme, supposant des peuples contractants une union libre et réciproque (voir la Lettre de Flandre), contredit la monarchie (voir Yves de Wasseige). L’État fédéral, ou un approfondissement des autonomies (confédéralisme), ou des indépendances négociées (maintenant des liens Flandre-Wallonie-Bruxelles), sont des formes d’union (ne serait-ce que dans l’Europe), qui ne se raccrochent pas à un symbole désuet comme la monarchie, mais montent de sociétés civiles libres. Il faut les promouvoir d’emblée.

5) “Des monarchies meilleures que la République.”

Dans les pays scandinaves, par exemple, les monarchies encore quasiment absolues au début du 19e siècle ont été vidées de leur substance par les luttes de la bourgeoisie et de la classe ouvrière, faisant triompher une démocratie et des régimes sociaux exemplaires. Tout cela donc, non pas grâce aux monarchies, mais contre elles.

6) ”Avec la République, cela irait-il mieux?

Ce qui a mené les peuples scandinaves, notamment, à diminuer leurs monarchies, c’est la mise en oeuvre d’un principe démocratique de base. Ce principe possède en à lui-même sa propre justification et, sauf à renier la démocratie même, il faut toujours parier qu’elle améliore les choses.

Conclusion

La République est une institution mais surtout une perspective du type de celle que développent tous les mouvements d’émancipation. La République vit déjà. En amplifier la vie, notamment par suppression de la monarchie, dynamise la lutte en vue d’enrayer la marche de nos sociétés à l’injustice et à la servitude.

TOUDI a édité sur la monarchie: Le secret de la monarchie belge (in TOUDI, annuel, n°2, 1988) J.Fontaine et B.Piret (directeurs), Les faces cachées de la monarchie belge, 1991, J.Fontaine, Le citoyen déclassé, monarchie belge et société, avec la revue Contradictions. De nombreux n° ont été consacrés notamment à la mort du roi (République, n° 13, septembre 93, aux Joyeuses-Entrées d’Albert II in République n° 14 et 15, octobre et novembre-décembre 93), un long compte rendu du livre (1000 Pages) de Velaers et Van Goethem Leopold III. De Koning. Het Land. De Oorlog (inédit en français), in TOUDI mensuel n° 7-8 décembre 97, le récit de la fusillade de Grâce-Berleur (TOUDI, mensuel, n° 1 et n°2), etc.

Publié par : Pierre Dutron | 01/11/1999

Rosetta de Jean-Pierre et Luc Dardenne: un film de résistance

source:  TOUDI n° 23, novembre 1999 – http://www.toudi.org

This is no Hollywood !


Les problèmes conjugaux d’un couple de la classe moyenne ne m’intéressent absolument pas, ni la peinture de la crise des achats à crédit des téléphones de voitures. Avec tout le respect que je dois au monde des valeurs de la classe moyenne, je ne le vois pas comme cinématographiquement intéressant

Aki Kaurismäki 1991

Les flonflons cocardiers voire chauvins, les tentatives de « récupération-exploitation » symboliques du monarque ainsi que du monde politique, académique et médiatique s’étant enfin estompées, il nous tardait de pouvoir enfin aborder très librement (donc en ayant payé notre ticket d’entrée) et très subjectivement « Rosetta » en tant qu’oeuvre cinématographique, étant entendu qu’il est difficile de ressentir autrement toute oeuvre de création… Nous allons donc essayer discerner quelle est la place des frères Dardenne dans l’art (qui est aussi une industrie) cinématographique et de quelle « famille » d’auteurs on peut les rapprocher, l’important n’étant pas qu’un film de Wallonie remporte une palme d’or mais bien qu’il s’agisse de ce film là ! Nous ne nous attarderons d’ailleurs pas sur la place de Rosetta dans l’histoire du cinéma belge, nous laisserons bien volontiers ce privilège à d’autres personnes évidemment toujours bien intentionnées…

Rosetta dans l’histoire du cinéma

L’une des choses les plus frappantes de Rosetta, et cela nous apparaît encore plus que dans La Promesse, c’est la quasi absence de « références » au cinéma américain. Expliquons-nous un peu, il ne s’agit pas ici d’évoquer les films de consommation courante débités à la chaîne par l’industrie cinématographique américaine, il s’agit plutôt de la quasi impossibilité de raccrocher Rosetta à l’imaginaire « universel » véhiculé par cette industrie y compris par les auteurs qui ont su (ou pu ?) oeuvrer au sein de celle-ci. Prenons un exemple, les cinéastes de la nouvelle vague française et les Cahiers du cinéma rejetaient presque toute la production cinématographique française des années 50 et encensaient des cinéastes comme Hitchcock, Ford, Hawks, Lang, Fuller, Ray etc. La passion-admiration de Truffaut pour Hitchcock est connue, le personnage interprété par Belmondo dans À bout de souffle ne se rêvait-il pas en Humphrey Bogart ? Que venait faire là cette jeune Américaine incarnée par Jean Seberg ? Samuel Fuller ne faisait-il pas une apparition dans Pierrot le fou et Fritz Lang n’occupait-il pas un des rôles centraux dans Le Mépris ?

On peut aussi trouver de nombreux points communs entre Le Pickpocket de Robert Bresson (bien que ce dernier ne fasse pas historiquement partie de la nouvelle vague) et le Pick-up on South Street réalisé peu auparavant par Fuller, nous ne attarderons même pas les films « noirs » de Jean-Pierre Melville ! Ce même « rêve » américain se retrouva aussi dans la nouvelle vague allemande, que ce soit chez Fassbinder ou plus encore chez Wenders. Aujourd’hui il fait encore des apparitions dans certains films du Finlandais Aki Kaurismaki ou de cinéastes de Hongkong tel Wong Kar Waï. Bien qu’étant issu d’une génération qui a été bercée par le cinéma américain, les frères Dardenne le laissent très peu paraître, ce qui englobe la musique le Jazz et Rock étant absents. Dans une interview récente, Jean-Pierre Dardenne évoqua brièvement Samuel Fuller, ce qu’on peut comprendre en voyant l’aspect rude, sans fioritures, coup de poing de Rosetta, petit soldat en collants moutarde, combattante de la guerre économique qui secoue l’Occident.

Le jusqu’au-boutisme et la rage solitaire qui anime celle-ci presque jusqu’à la fin du film, rappelle le personnage interprété par John Wayne dans The searchers (La prisonnière du désert), ce dernier étant prêt à toutes les extrémités pour retrouver sa nièce enlevée par une tribu indienne. La trahison de Rosetta peut aussi évoquer celle de Gypo Noland dans The informer (Le mouchard) d’un autre film de John Ford, Gypo livrant à la police britannique un de ses amis membre de l’IRA, cette trahison étant récompensée par une somme d’argent lui permettant d’acheter un billet de bateau afin d’émigrer aux Etats-Unis et d’échapper ainsi au chômage. Bien sûr entre Ford et les Dardenne, il y a de nombreuses différences: on ne trouvera chez ces derniers aucune trace des fameuses scènes de beuverie et de bagarre récurrentes chez le premier, ainsi que la forte nostalgie du pays perdu (l’Irlande) qui le travaillait. Par contre, on peut retrouver un certain sens de l’humanisme et une même volonté de filmer à « hauteur d’homme » (et de femme). Un autre irlando-américain qu’il est intéressant d’évoquer est Robert Flaherty. Longtemps appréhendé comme documentariste, on reconnaît aujourd’hui que les oeuvres de celui-ci tels Nanouk ou L’homme d’Aran contenaient une part plus ou moins importante de « mise en scène » ou de « représentation ». Ainsi, lorsque Flaherty réalisa au milieu des années 30 L’homme d’Aran, il y avait déjà de nombreuses années que les habitants de ces trois îles de la côte ouest de l’Irlande avaient cessés de pêcher le requin, ils portaient de moins en moins le costume « traditionnel » dont on les voyait affublés (béret et pull en laine rouges, pampooties aux pieds, etc.). Dans la « réalité », aucun pêcheur d’Aran n’aurait pris la mer lors d’une tempête semblable à celle que l’on voit à la fin du film. C’est pour les besoins du film et à la demande de Flaherty, que certains n’hésitèrent pas à risquer leur vie pour affronter un océan déchaîné et si esthétiquement parfait… Cette évocation rapide nous permet de régler un point qui est celui de l’aspect documentaire de Rosetta .

Aux esprits paresseux qui prétendent que Rosetta est une oeuvre essentiellement documentaire, même si les frères Dardenne ont réalisé ou produits de nombreux documentaires, nous rappellerons cette petite phrase de Godard qui considérait que toute fiction réussie contenait toujours une part plus ou moins grande d’aspect documentaire. La frontière entre le fictionnel et le documentaire est presque par essence impossible à tracer de manière nette, pour citer quelques noms de contemporains, ou s’arrête le documentaire « pur » (si une telle chose existe !) chez Raymond Depardon, Frederic Wiseman, Manu Bonmariage ou Richard Ollivier, étant entendu que filmer le réel ne peut avoir lieu autrement que par le biais d’une représentation… Prenons un exemple célèbre, où s’arrête l’aspect documentaire, ou si vous préférez où commence la fiction dans Déjà s’envole la fleur maigre de Paul Meyer ? Dans Rosetta, l’extrême attention apportée aux gestes quotidiens de celle-ci tient tout autant du documentaire que de la dramaturgie et de la tension interne du film.

Ce qui est considéré à tort comme du documentaire, c’est le refus de jouer voire de faciliter l’identification du spectateur avec le personnage central du film, ressort traditionnel d’un certain cinéma. Il faut ajouter que le refus de ce ressort s’étend aussi aux personnages secondaires, que ce soit Riquet, la mère de Rosetta ou son patron, tous ont leur part d’ombre et de lumière. C’est en cela que l’on peut dire que Rosetta n’est pas un film consensuel, en repoussant tout « psychologisme », en refusant de s’attarder sur les raisons qui poussent leurs personnages à agir et donc de les juger, les Dardenne s’inscrivent volontairement dans une certaine tradition minoritaire du cinéma, tradition essentiellement présente en Europe.

Le refus du misérabilisme

Même si pour un grand nombre, Rosetta fut perçu comme un OVNI dans le ciel cinématographique, il peut être rattaché à une famille imaginaire qui remontrerait aux origines mêmes du cinéma, avec d’un coté, les Frères Lumière (tiens d’autres frères !) et de l’autre Georges Mélies, le cinéma spectaculaire et celui qui ne l’est pas… Le Grand-père idéal de cette famille serait le Jean Renoir de Tony (1934), film joué par des acteurs non professionnels et se déroulant dans le milieu des immigrés italiens ouvriers agricoles saisonniers dans le sud de la France, milieu où Renoir raconta comment Tony devint un meurtrier et finit abattu par la gendarmerie…Le père idéal serait Roberto Rossellini, les deux oncles étant le Visconti (celui de Ossessione ou de Rocco) et Robert Bresson. Il n’est pas inintéressant de remarquer que ce furent presque uniquement des cinéastes européens qui filmèrent le monde ouvrier considéré dans un sens large, à ces noms on peut ajouter par exemple ceux de Pasolini, de Fassbinder, de Kaurismäki, hors Europe et donc dans un contexte différent, on citera Ford (Les raisins de la colère par exemple) et les Japonais Ozu et, plus rarement, Mizoguchi (La rue de la honte). Nous citons ces noms plutôt que d’autres parce ces auteurs ne sombrèrent jamais dans l’ouvriérisme ou le misérabilisme. Ce que nous voulons évoquer par ce biais, c’est le fait qu’avec un tel scénario de base, les Dardenne évitent avec talent deux écueils récurrents lorsque le cinéma s’attardent sur le monde ouvrier ou les « pauvres »: soit la magnification de ces derniers en incarnation de l’avenir radieux du genre humain (l’agit-prop soviétique des années 30), soit l’exotisme social, quelque chose du genre: ces gens ne sont vraiment pas comme nous, observons donc un peu leurs étranges moeurs et coutumes !

C’est ce refus du misérabilisme (aussi bien intentionné soit-il) qui, à notre avis, sépare les Dardenne du cinéma « social » anglais, les Dardenne n’étant certainement pas des Ken Loach wallons comme l’on écrit certains journalistes étrangers, ils sont beaucoup plus proches de la démarche du cinéaste écossais Bill Douglas, auteur notamment d’une trilogie sur sa jeunesse dans une ville minière d’Ecosse. C’est aussi ce qui les sépare du Marseillais Robert Guédiguian (Marius & Jeannette). Nous tracerons brièvement un parallèle, qui étonnera peut-être certains, entre les frères Dardenne et le finlandais Aki Kaurismäki. Si nous évoquons ce dernier ici, c’est parce qu’il fut l’un des seuls à filmer le monde ouvrier dans les années 80 par le biais de ce qu’il appelle, non sans humour, sa trilogie prolétarienne (Des ombres au paradis, Ariel , La fille aux allumettes ). Son film Au loin s’en vont les nuages aborda en 1996 la question du chômage dans un pays connaissant un taux similaire à celui de la Wallonie. Nous citerons ici un extrait de la formidable étude que la revue Contre Bande a consacrée au cinéaste finlandais (1), Nathalie Nezick écrit notamment que « son approche de la réalité du chômage dans son pays ne s’embarrasse pas de discours, il ne se contente pas d’une ” représentation de la représentation ” du chômeur. Pas de discours misérabiliste qui conduirait à sous-estimer la réalité politique et à en diminuer l’efficacité critique. Kaurismaki n’hésite pas à sacrifier ” l’image idéale au réalisme ” (Brecht) de la situation. Il laisse ainsi l’être social déterminer la conscience de ces personnages. À aucun moment, il ne manipule ces personnages sur le plan dramaturgique pour les rendre à une vérité de la représentation. Les procédés de réduction esthétiques qu’il met en oeuvre le sont plus par souci de vérité sociale que par souci de réalisme social » (2). Il nous semble qu’une telle appréciation pourrait être faite concernant Rosetta. Par ailleurs, ces auteurs se sont aventurés à filmer le travail lui-même, chose pourtant traditionnellement jugée comme presque par essence anti-cinématographique. Il est en effet frappant de constater que si le cinéma s’est souvent penché sur le monde ouvrier, il a très rarement filmé l’acte du travail lui-même, comme s’il s’agissait là d’un lieu inaccessible, ainsi pour prendre deux exemples connus, on ne voit aucun ouvrier au travail dans Misère au Borinage de Storck et Ivens ou Déjà s’envole la fleur maigre de Paul Meyer. Il y a très peu d’exemples où l’acte de travail en tant que tel est filmé, on peut penser aux « Temps modernes » de Chaplin où était mis en image le travail à la chaîne ou « La bête humaine » de Jean Renoir où l’on voyait « réellement » oeuvrer des cheminots. dans une démarche similaire à celle de Kaurismäki dans « la fille aux allumettes », on peut voir Rosetta répéter quotidiennement les gestes de son travail.

La Wallonie « simplement » et un aspect « christique »

Enfin Aki est, avec son frère Mika, celui qui a implanté la Finlande sur la carte mondial du cinéma, il est intéressant de constater qu’il l’a fait sans recourir à ce que l’on pourrait appeler un « discours national ». Nous entendons par là que, pour lui, la Finlande « est », elle existe en tant que donné historique et social, il n’y a pas de volonté de faire découvrir ou d’affirmer face au monde l’existence d’une Nation de 5 millions d’habitants parlant une langue incompréhensible pour quasiment toute la planète . Nous pensons que les Dardenne agissent (consciemment ?) de même avec la Wallonie, elle est « simplement » là dans leur film, prenons un exemple, Kaurismaki affuble souvent ces personnages « fortunés » ou « puissants » de noms suédois, il faut vraiment bien connaître l’histoire de la Finlande pour savoir que 6% de la population y parlent le suédois et représentent les anciennes élites politiques du pays, le spectateur finlandais lui le sait… De même pour Rosetta , il s’agit d’un prénom italien, le film n’évoque pas les raisons de ce prénom. Nous, nous devinons pourquoi, mais que peut connaître par exemple un spectateur finlandais de l’immigration italienne en Wallonie?

Il s’agit là, dans les deux cas, d’une démarche d’une grande maturité vis à vis du monde extérieur, enraciner une fiction dans un donné « national » devenant ainsi le meilleur moyen de donner à celle-ci une véritable dimension universelle, c’est à dire dépassant le cadre même de son lieu d’origine. Bien sûr les différences stylistiques sont nombreuses entre ces cinéastes, ne serait-ce parce que le très pince-sans-rire Kaurismäki est un protestant, il est plus par la forme très proche du janséniste Bresson.

Ce qui nous amène à un autre point important qui est la persistance chez les frères Dardenne des traces importantes de ce que l’on pourrait appeler l’imaginaire « chrétien » (et c’est un agnostique qui l’écrit…) ; imaginaire que l’on retrouve chez Ford, Rossellini, Pasolini, Fassbinder, et aussi chez des cinéastes plus récents comme les américains Martin Scorcese et Abel Ferrara (Bad Lieutenant) ou le Danois Lars Von Trier (Breaking the waves). Rosetta n’est pas un film pour cinéma paroissial (de toute façon, cela n’existe plus !), mais on pourrait écrire que le chemin de croix de Rosetta s’incarne dans une bonbonne de gaz, pensons aussi à sa prière « païenne » ou « hérétique » qu’elle récite le soir avant de s’endormir… Tant ce film que le précédent aborde la thématique de la Rédemption, les Dardenne, contrairement à Fassbinder et dans une moindre mesure Pasolini, espérant toujours celle-ci possible. La rage animant Rosetta n’étant d’ailleurs pas sans évoquer celle qui anima toute l’oeuvre de Fassbinder, grand spécialiste de « prenoms-titre » (Le mariage de Maria Braun, Les larmes amères de Petra Von Kant, Effi Briest, Lola, Martha, Le secret de Veronika Voss, Tous les autres s‘appellent Ali, etc.).

Enfin, il nous faut évoquer la modernité cinématographique des frères Dardenne tant en ce qui concerne la forme que le fond. Sur la forme, c’est assez évident avec l’emploi de la vidéo, les prises de vues caméra à l’épaule, le refus de la musique comme élément dramaturgique, Rosetta pourrait être sans difficulté estampillé « Dogma N° XX » tant ce film évoque les règles édictées et initiées par le Danois Lars Von Trier dans sa Charte cinématographique « Dogma 95 » (voir son film Les idiots et Festen de son compatriote Thomas Vinterberg). Par ailleurs, on ne peut que constater l’attrait des frères Dardenne pour la vitesse, le mouvement, dans Rosetta même la mobylette de Riquet ou les autobus du TEC ont l’air d’aller vite, ce qui fait que l’on ressort de la vision du film physiquement épuisé…La violence est quant à elle réellement violente, pensons à la scène où Riquet se fait éjecter par son patron du chalet à gaufres, cette fascination pour la vitesse fait penser aux maîtres du genre que sont les cinéastes de Hongkong ( par exemple John Woo et l’époustouflant Wong Kar Waï). En ce qui concerne le fond, sont présents les grands acquis de la narration moderne comme le recours au « hors champ » (le bruit de la mobylette de Riquet perçu en premier lieu comme celle du gérant du camping), l’aspect lacunaire, incomplet des informations transmises aux spectateurs, par exemple l’origine inconnue des maux de ventre violents qui agitent Rosetta. Pourquoi vit-elle dans un camping ? Où est le père de Rosetta ? etc.

Nous espérons que les quelques lignes qui précèdent n’apparaîtront pas comme une sorte d’embaumement vivant des frères Dardenne, nous sommes en effet persuadés que le meilleur est encore à venir et que leurs prochains films dépasseront la barre placée très haut par Rosetta.

En conclusion, nous écrirons que Rosetta restera comme une oeuvre qui « imprégnera durablement l’imaginaire du cinéma contemporain » (2), un film sans concessions à l’air du temps, irrécupérable et inexploitable, un véritable acte de résistance dans son sens le plus civique ou « citoyen » du terme, nous dirons donc simplement merci à Jean-Pierre et à Luc Dardenne.

François André

Notes

On peut lire le scénario de La promesse et de Rosetta qui vient de paraître aux éditions des Cahiers du cinéma, on peut aussi s’abonner à Contre Bande en écrivant à l’Université de Paris I, Institut d’Esthétique et des Sciences de l’Art , association Contre Bande, 162 rue Saint Charles 75740 Paris cedex 16, le prix de l’abonnement est de 140 F Français par an.

On peut enfin aller voir le dernier film d’Aki Kaurismäki Juha (s’il sort un jour en Belgique…), film muet et en noir et blanc d’une grande pureté qui évoque notamment celle du Marchand de quatre saisons de Fassbinder.

(1) Nathalie Nezick La classe ouvrière ira au paradis in Contre Bande n°5, mars 1999, p.162

(2) Olivier Séguret dans Libération du 29-09-99.

Nous avons eu la curiosité d’alller voir sur Internet les jugements de plusieurs spectateurs du film et de faire suivre cette succession d’avis des commentaires de Cronenberg qui noussemblent bien introduire à la problèmatique sur le cinéma que Rosetta permis de faire naître.

ROSETTA (sur Internet: jugement de quelques internautes)

Très mauvais – 1/11/99 – Nicolas François

Un navet. Amateurisme sur toute la ligne. En salle, la sortie de secours a rendu bien des services … De qui se fout-on ? Si vous tenez vraiment à y aller, prévoyez un bon walkman histoire de combler les nombreux temps morts, une boite d’aspirine pour contrer l’effet « caméra à la bougeotte », et une lampe de poche pour vous échapper au plus vite sans vous faire trop remarquer (organisez-vous en groupe de préférence).

Personnes en quête d’une bonne soirée s’abstenir.

Très mauvais – 31/10/99 – Le Cap

Vous pensez qu’il s’agit d’un documentaire tourné par un amateur peu fortuné? Faux! c’est un vrai film avec des acteurs payés et tout ça! Même que c’est belge et que ça a reçu la Palme d’Or à Cannes. Il est donc de bon ton d’aller voir Rosetta et d’en parler dans les cocktails mondains, un verre de champagne à la main. Du sous-Zola bon marché.

Très mauvais – 29/10/99 – Emmanuel Infantes

Rosetta hésite entre le film et le documentaire. Du coup il a les inconvénients du reportage (mauvaise prise de vue, absence de scénario) sans en avoir les avantages (force due au réel) Non seulement on passe un moment désagréable, mais on n’en sort pas non plus « grandi », il n’y a ni beauté ni amour, on y apprend rien. A aller voir néanmoins, ne serait-ce que parce que c’est un film hors du commun Et puis pour vous ce sera peut-être diffèrent…

Excellent – 18/10/99 – Vanessa Buyst

Si pour vous le cinéma n’est que le synonyme de détente et distraction, n’allez pas voir Rosetta, mais le dernier StarWars. Si, par contre, il reste un art où l’on peut s’exprimer librement, ou une fenêtre ouverte sur l’homme, les frères Dardenne vont vous faire plaisir. C’est très dérangeant de réaliser que tout est vrai et que ça arrive près de chez nous. C’est bon de se le rappeler et de se dire qu’on est pas si mal

dans nos basquettes. Bravo!

Très mauvais – 8/10/99 – Jean CUVELIER

Rarement vu un film aussi mauvais. Filmé comme à la sauvette, cadrage bougeant tout le temps, absence de scénario (la trame est aussi mince qu’une tranche de carpaccio). Il me semble que le fait qu’un film aborde un sujet social (justifié) ne légitime pas sa médiocrité affligeante.

Excellent – 5/10/99 – José Fontaine

Pourquoi aller au cinéma? Certes, pour une détente, un « beau » film comme par exemple « Un dimanche à la campagne » si l’on veut. Mais il y a aussi des films qui sont – si l’on peut dire! – « simplement » des oeuvres d’art. Comme Rosetta. Et cela déçoit même ceux qui aiment le « bon » ou le « beau » cinéma. Rosetta appartient à un autre genre comme les très grands films de ce siècle, comme aussi les très grandes oeuvres de l’histoire. Que dire d’autre? Le fait même que ce film ne plaise pas à certaines personnes confirme ce que je viens de dire et que je viens de dire sans aucun dédain. Sommes-nous assez à la hauteur en Wallonie – en Wallonie (et à Bruxelles), j’insiste sur ce point – pour apprécier non seulement ce qui est beau mais ce qui est grand? C’est aussi la question posée par « Rosetta » qui est « grande », d’une grandeur assez typique de ce que nous sommes, je pense. Et qui n’est pas la « grandeur » française par exemple…

Excellent – 2/10/99 – Sébastien Corneille

Rosetta a au moins le mérite de susciter la réaction des spectateurs. Personne ne sort indifférent de la salle. Pour certains, c’est la déception, voir de la rage… Pour d’autres, c’est l’extase, l’admiration. Il est parfois très douloureux d’être confronté à une réalité que l’on ne voudrait voir. Il faut énormément de talent pour faire vivre cette réalité au travers d’une fiction. Simplicité du scénario – Banalité de la vie de Rosetta. Tout cela devrait nous faire réfléchir sur le bien fondé du combat de Rosetta.

Très mauvais – 1/10/99 – GARCIA BERMUDEZ, Andrés

Quelle MERDE de film: fait par un réalisateur clairement en déprime, il réussit à déprimer aussi l’audience. L’on y sors avec des propos suicides. J’étais vraiment dégoûté et en rogne à la fin: quel gâchis, dépenser 250 francs pour cela! (et en plus les intellos à Cannes lui octroient la Palme d’Or). Bref!, il faut surtout pas y aller.

Excellent – 30/09/99 – cedric rosenbaum

film très étonnant, très attachant, très original dans sa construction…les Dardenne nous attachent sur l’épaule de Rosetta, et ils nous font vivre quelques jours de sa vie, on souffre comme elle, on se bat comme elle, on ment comme elle, bref on est Rosetta pendant une heure et demie…..ça c’est génial, car a base d’une petite histoire toute simplette pour la plupart des gens(la recherche d’un emploi pour les gens pas riches)on nous montre en fait que c’est un vrai marathon, un vrai combat, ou des gens tombent, ou d’autres gagnent, et Rosetta essaye de gagner, a tout prix….. je ne sais pas si j’ai convaincu, mais moi ce film m’a convaincu, j’ai aimé…bien que je crois que peu de monde accepterait de vire ça réellement… cedric

Bon – 28/09/99 – Richard Cop

Que penser de Rosetta ? Il est de ces films … ambigus qui suscite un certain dégoût mêlé d’une certaine admiration. Ce film m’a dérangé, déprimé, suscité une réaction. Ce que je reproche à ce film, c’est le manque de climax (introduction, action,

conclusion), condition nécessaire si l’on veut être pris par l’histoire. Les nombreuses

répétitions rituelles, le style documentaire, haché, mal filmé de Rosetta nous donne l’image d’un train train quotidien sans issue qui pourrait très bien correspondre à notre vie. Rosetta fait passer le travail avant toutes choses. Le travail, pour elle, c’est la vie. Elle ne vole pas, n’escroque pas, ne se drogue pas, ne boit pas, … l’image d’une personne voulant s’insérer dans notre société. C’est le genre de personne qui aurait plutôt tendance à être encouragé. Mais non! Elle nous agace. On a cette envie de la gifler, de lui dire : Réveilles-toi!! Réveilles l’humain qui est en toi. Elle est un peu l’image de ce que de nombreuses personnes ne voudraient pas devenir : un outil de production inhumain. Quand j’ai vu ce film, j’ai été pris d’une angoisse, la peur de devenir comme elle car nous sommes tous susceptibles de tomber dans

ce piège. En chacun de nous, sommeille une Rosetta.

Mauvais – 27/09/99 – André CADET

Je suis très, très déçu par ce film et je ne suis pas le seul; j’ai en effet rencontré de nombreux spectateurs au festival de Namur, des professionnels et des amateurs. Peu m’ont avoué avoir aimé ce film. Qu’est-ce qu’il leur a pris aux frères Dardenne de filmer à la manière d’un reportage en urgence. On se croirait à une émission où l’on veut montrer un maximum dans un minimum de temps. Sur grand écran, l’effet

est mauvais, au point d’avoir envie de quitter la salle après une demi-heure. De plus, on ne peut pas dire que le cadrage soit très au point et si c’est voulu, le spectateur est complètement oublié dans ce film. Film sur la société? Quelle société? L’actrice principale est toujours seule, filmée la plupart du temps de dos. A nouveau, si c’est voulu, c’est une erreur technique où le spectateur se sent floué. On croirait qu’on est sur la lune. Pas de personnages, pas d’entourage, pas de vie (un camping vide), des voitures roulant à vive allure, sur la quatre bandes qu’elle au moins 6 ou 7 fois…Ce film génère l’ennui et peut-être même la gêne. Si c’est le but des réalisateurs, il l’atteignent, mais rebutent des spectateurs moyens qui auront du cinéma belge, d’une palme d’or, d’un film encensé (sincèrement ou non) par des critiques un regard dégoûté et seront peu enclins à continuer à fêter ce cinéma qui actuellement a la côte. J’avais tellement aimé « La Promesse », où on rencontrait de vrais sentiments, des problèmes actuels traités de manière vraiment cinématographique… Quelle déception, je dis et je répète, le cinéma ce n’est pas cela. Rendez-nous de vrais scénarios, c’est extrêmement urgent!!!

Moyen – 19/09/99 – M.Detry

L’intention des réalisateurs est superbe . La fraîcheur d’Emilie sauve le climat parfois sordide .Finalement persiste un petit goût d’inachevé : scénario simpliste, caméra au poing obsédante et dérangeante(c’est voulu!),pas de musique, pas de cheminement, pas de solutions au problème proposé(chômage).Trop de veulerie(délation, non assistance, marasme) face à la rareté des sentiments nobles, hormis la dernière image, trop furtive. On aurait aimé voir Emilie dans le registre suggéré par cette finale. Où doit-on classer le film : documentaire social ? fiction ? bon téléfilm ? Bravo aux frères Dardenne , même si l’on reste un peu sur sa faim (fin?)

Avant de laisser la parole au Président du Jury de Cannes, on ne peut s’empêcher de signaler l’erreur de nombreux internautes critiquant ce film comme « documentaire ».

D’une part, un « documentaire » suppose une construction filmique déjà très importante. D’autre part, dans le film des Dardenne, le travail sur les images, les prises de vue et jusqu’aux objets présents dans le film (la petite moto, les bus, les truites, les chaussures etc.), apportent infiniment, un peu comme les mots du conteur, ses mimiques peuvent transformer un récit plat en récit captivant et signifiant. Ils apportent aussi énormément à un scénario (dont certains internautes estiment qu’il est inexistant!), d’une grande complexité, mais d’une bonne complexité rejoignant la vie pure.

Quels énormes contresens! On a raison de penser que Cronenberg a aidé les Dardenne par son choix à introduire une autre conception du cinéma, et finalement un autre cinéma tout court. Aussi passionnant que l’habituel, mais renouant avec le caractère épique, emblématique, passionné du cinéma muet. Qui s’accordait si bien à l’épopée et à la grandeur (même comique): Charlot, Buster Keaton, Dreyer et Jeanne d’Arc, Eisenstein et l’histoire de la Révolution, Abel Gance etc.

Les mauvaises humeurs de certains internautes donnent infiniment raison à Cronenberg. Il fallait consacrer un autre cinéma que le cinéma de l’habitude qui s’enlise dans le plaisir répétitif d’aller au cinéma voir un « bon » film. Élitisme. Ce film ne dérange pas que le conforts esthétiques.

JF

(2) Extraits de l’interview (par Laurent Rigoulet) de Cronenberg in Libération du 2 juin 1999 (sur l’attribution des prix au festiival de Cannes)

(3) David Cronenberg, de retour à Toronto, travaille à l’écriture de son prochain film et suit de loin la vive discussion suscitée par les choix du jury qu’il présidait à Cannes. Pour Libération, il a accepté de sortir de sa réserve.

(4) Au-delà d’un ressentiment de l’industrie américaine, le palmarès a aussi été critiqué en rance pour son «élitisme», qui aggraverait une fracture entre cinéma d’auteur et cinéma populaire.

(5) Tout part du postulat que nous, membres du jury, pouvions être animés de cette volonté de réconcilier cinéma d’auteur (high art ) et cinéma commercial, ce qui n’était pas du tout notre but. Certains critiques partent de l’idée que quelques films dans la compétition étaient à même d’œuvrer pour cette «réconciliation»; mais qui peut dire quel film va être populaire? Le film d’Almodovar était très populaire auprès des critiques et des spectateurs cannois, ça ne veut pas dire que le public d’une petite ville américaine ira le voir. Mon désir, tel que je l’ai communiqué au jury et tel qu’il s’y est finalement retrouvé, n’était pas de tenir compte de ces paramètres mais de répondre avec la subjectivité la plus pure – c’est tout ce que nous avons, il n’y a pas la moindre objectivité en jeu – et de réagir de la manière la plus directe possible aux films présentés. Nous étions excités, très curieux et très heureux de voir tous ces films, et nous avons mis en place un processus très démocratique de discussion et de vote. Les films élus sont ceux pour lesquels nous avons eu l’élan du cœur le plus pur. Nous n’avions pas d’intention politique. Sans l’avoir voulu de manière consciente, nous avons xprimé nos sentiments sur le cinéma, c’est évident, mais ça n’avait rien d’un processus intellectuel. Nous ‘étions pas un groupe d’agitateurs subversifs se réunissant le soir dans une cave pour abriquer une bombe. Parmi les dix membres du jury, il y avait une diversité d’opinions magnifique et nous n’avions pas la moindre idée de ce que chacun allait dire avant qu’il ne s’exprime. C’était toujours une surprise ou un choc quand nous entendions les opinions des autres. Les films choisis l’ont été passionnément. Il n’y a jamais eu de volonté délibérée de choisir un film qui prendrait tout le monde à rebrousse-poil. Chaque récompense voulait vraiment dire quelque chose pour nous. On ne se sentait pas animés d’une volonté radicale ou antihollywoodienne. Jeff Goldblum et Holly Hunter vivent à Hollywood et s’y sentent dans leur élément, mais ils sont à fond derrière ces choix.

(6) Comment interprétez-vous l’idée largement exprimée que votre jugement va à l’encontre du goût du public?

(7) J’y entends que Hollywood a fait subir un lavage de cerveau au monde entier. Pourquoi avoir un jury, au bout du compte? Si la popularité est le seul critère d’appréciation, il faut tout simplement laisser les spectateurs d’un film voter, et vous obtiendrez le prix du film le plus populaire. Nous avons ça au Festival de Toronto: tous les spectateurs remplissent un bulletin en quittant la salle et choisissent le film qu’ils préfèrent. Pas de jury, juste un vote populaire, et l’on obtient un équivalent du box-office. En d’autres termes, pourquoi s’ennuyer à organiser des festivals et ne pas directement récompenser les films qui rapportent le plus d’argent? C’est l’état d’esprit de Hollywood. Le problème, c’est que ça ne concerne qu’un certain type de cinéma, très puissant mais qui n’est pas seul au monde. Quand on parle d’«élitisme», de quoi parle-t-on? Plus une œuvre est difficile, complexe, profonde, plus le spectateur doit travailler pour la comprendre et pour y avoir accès, moins nombreux seront ceux qui auront envie ou seront à même de le faire. Je ne vois pas là d’élitisme ou d’arrogance, c’est juste une autre manière de considérer le cinéma, ou la littérature ou la musique. Je n’ai rien contre les films simples qui font appel directement aux émotions. Ils ne sont pas menacés. Mais ce qu’on voit après Cannes dans les avis exprimés par des critiques virulents comme Tod McCarthy, de Variety, c’est de la pure propagande hollywoodienne. Il a respiré cet air pendant si longtemps qu’il ne croit pas qu’il puisse en exister un autre. C’est triste leur logique.Il faut bien comprendre que Cannes est devenu une insulte pour les Américains. Ils voient ce festival comme quelque chose de merveilleux et ils le désirent. Et, comme ils ne parviennent pas à le posséder, ils commencent à le haïr. Ils disent que le festival a perdu sa raison d’être, qu’il n’est pas «pertinent» («irrelevant»). Voilà un mot merveilleux qui a été utilisé pour parler des films que nous avons choisis. Qu’est-ce que ça veut dire? Je crois que Harvey Weinstein, le patron de Miramax, s’est exprimé en ce sens. J’aimerais qu’il m’explique en quoi Shakespeare in Love est plus pertinent que Rosetta. Qu’est-ce que ça signifie qu’une comédie à l’eau de rose dans l’Angleterre élisabéthaine soit, pour lui, un film artistique, alors que Rosetta manque de pertinence? De nombreuses critiques se sont élevées contre un palmarès qui se rangerait du côté des films les plus pessimistes… Voilà le problème: c’est très subjectif mais, quand je vois Rosetta, je ne suis pas déprimé; je suis, au contraire, excité et euphorique. C’est peut-être un film pessimiste en certaines de ses observations sociales mais sûrement pas en termes de cinéma. Il faut savoir de quoi on parle quand on évoque le pessimisme et il faut aussi décider si c’est nécessairement une mauvaise chose. Un film qui critique certains aspects de la nature humaine ou de la société n’est pas pessimiste dans la mesure où le cinéaste trouve l’énergie et le désir d’apporter un commentaire. Le vrai pessimisme serait de ne pas faire ce genre de film, de penser que c’est sans espoir et qu’il ne reste rien à dire. D’une certaine manière, le cinéma hollywoodien est le plus pessimiste parce qu’il évite tout commentaire sur la réalité et affirme que discuter ne sert à rien, qu’il vaut mieux s’évader et gagner de l’argent.

(8) Vous avez quitté Cannes réjoui.

Oui, très enthousiaste, grâce à ce que j’ai vu. Même les films qui nous ont paru ratés, nous les avons trouvés excitants parce qu’ils tentaient quelque chose. Les critiques voient sans doute trop de films à Cannes; si un film ne tire pas toutes les bonnes ficelles dans les dix premières minutes, ils s’endorment, s’énervent et se sentent insultés. Pourquoi se sentir agressé par un cinéaste qui met deux ans de sa vie pour exprimer quelque chose, même si son talent n’est finalement pas à la hauteur de son ambition? Pour moi, ça reste excitant. Chaque fin d’année, l’Académie des oscars nous envoie quarante à cinquante cassettes de films. C’est un minifestival avec essentiellement des films américains, et ça, c’est vraiment une expérience déprimante. Parce qu’on voit partout le même schéma et on se sent terriblement reconnaissant envers le moindre film qui essaie de trouver une piste légèrement différente.

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