Publié par : Pierre Dutron | 01/02/1999

Comment parle-t-on de l’économie wallonne?

source:  TOUDI mensuel n° 16, février 1999 – www.toudi.org

Tout se passe comme si la manière de parler de l’économie de la Wallonie appartenait à une sorte de langue seconde. Parfois trompeuse. Parfois honnête. Parfois optimiste. Parfois pessimiste. Notre engagement ici est celui d’une revue wallonne qui croit à la possibilité d’une autonomie wallonne. Mais ce n’est pas pour cette raison que nous serions moins bien placés que d’autres qui n’y croient pas ou moins, qui estiment que le fédéralisme doit rester au stade où il est parvenu, qui proposent la réunion à la France ou des accords avec celle-ci (préférables à la tactique «Benelux») tant que les grands États jouent le rôle structurant qui est le leur dans l’Union européenne.

Finalement, quel que soit le parti qu’on ait pris, on est tenté de mettre en évidence certains chiffres, d’en atténuer certains, d’en taire d’autres etc. De plus, la même arrière-pensée politique peut engendrer, à des époques différentes, mais parfois même au cœur d’une période identique, des interprétations radicalement divergentes.

Au début des années 80, alors que le fédéralisme s’était pourtant déjà esquissé, certains unitaristes insistaient encore sur le fait que la différence entre le chômage en Flandre et le chômage en Wallonie n’était pas très grande, ce qui, selon eux aboutissaient à devoir relativiser très fort l’ampleur du développement inégal des régions. En revanche, on a vu, pendant l’année 1998, le JT1 de la RTBF, mettre constamment en évidence les mauvais résultats du chômage wallon par rapport à la Flandre. Mais dans quel but? Cela peut relever d’une perception propre à la capitale. Cela peut aussi relever d’une propension médiatique à «tartiner». Ou encore à tirer parti du fait divers (incendies, inondations, fermetures). La création d’une nouvelle entreprise ne fait pas «événement» sauf s’il y a investissement: de plus d’un milliard, par une entreprise médiatiquement porteuse. En outre, de Bruxelles, les réalités wallonnes sont parfois mal comprises ou même inconnues (erreurs élémentaires sur l’importance relative des villes, arrondissements et même parfois sur leur emplacement, méconnaissance de l’histoire etc.).

Aujourd’hui, le développement inégal de la Wallonie et de la Flandre figure au cœur des programmes de tous les partis. Ont-ils besoin de ce discours «négatif et concret» pour stimuler les énergies? Ne veulent-ils pas noircir les choses pour être en mesure, dès qu’ils seront au pouvoir, d’en donner une vision plus juste afin de dire qu’ils ont amélioré les choses? Certaines institutions universitaires traitent sommairement certains chiffres sans s‘interroger sur ce qu’ils recouvrent: dans telle région, 10.000 emplois perdus, par exemple dans l’industrie lourde, et 8.000 emplois féminins reconquis dans l’industrie des services, donnent un résultat négatif, mais celui-ci occulte un dynamisme de fond bien réel. Le monde politique est irrigué de ces chiffres d’ «experts» qui manipulent les données au travers de modèles mathématiques ou d’agrégats sans en examiner la pertinence.

Ajoutons d’ailleurs, puisque le chômage est quand même au centre de toute cette problématique, qu’il y a eu à la RTBF une rectification de ces chiffres du chômage dans un sens favorable à la Wallonie. En vue d’une meilleure prise en compte de celle-ci? Ou en vue de dédramatiser la problématique belge dans le sens d’un fédéralisme unioniste ou unitariste? Qui le sait? Et qui peut dire les effets de cette rectification sur l’opinion? Et donc sur le dynamisme d’une société tout entière, y compris économique? On pourrait ajouter que certains partisans de la réunion de la Wallonie à la France argumentent à partir de l’état de besoin en lequel se trouverait la Wallonie, état de besoin qui se dissiperait au sein des immensités françaises. Le raisonnement est exact sur le papier, mais on pourrait objecter à cela (et certains rattachistes le font) qu’il n’est pas tactique de proposer à la France le mariage avec une deuxième Corse dix fois plus peuplée ; on est tenté de donner de meilleurs chiffres ou des interprétations plus positives.

Concluons donc qu’il s’impose de voir un peu plus clair à propos de tout ceci et ajoutons qu’à TOUDI nous sommes persuadés en tout cas que les médias dominants finissent toujours par préférer souligner, du moins pour l’instant, une image négative de la Wallonie.

Publié par : Pierre Dutron | 01/12/1997

Wallonie et mondialisation

Le débat organisé par La Fondation Baussart à Charleroi à l’automne 97 a inspiré cet éditorial de la revue TOUDI paru dans le n° 7/8 en décembre de la même année.

C’est une excellente idée qu’a eue la Fondation Baussart de mettre en présence Yves de Wasseige et Riccardo Petrella.

Pour Yves de Wasseige, le système économique mondial a connu, en 1945, un moment de grâce en ce sens que, effrayées par le chômage qui avait permis la montée du nazisme et s’était prolongé par la guerre, les démocraties occidentales mirent en place un système très fort de contrôle des grandes fluctuations monétaires. Un pacte social dans les différents pays y répondit associant l’Etat, les entreprises et les travailleurs en vue d’assurer le maintien de l’emploi, le progrès social et économique.

Le système est bâti sur des Etats-Nations qui ont fondé leur existence certainement et peut-être avant tout sur le développement économique. A partir du moment où les gains de productivité sont distribués aux travailleurs et que les échanges internationaux ne représentent que quelques points du PIB, le système tient. Il est remis en cause en 1971 quand l’administration américaine décide de laisser à nouveau flotter le dollar. Il s’en est suivi une inflation structurelle. Les grands groupes internationaux ont commencé à se gérer comme une seule et même réalité “ multinationale ” et on est entré dans un nouveau capitalisme, beaucoup plus internationalisé et principalement financier et spéculatif avec, comme produits dominants, la communication et l’information. Ce qui est visé dans ce nouveau capitalisme, ce n’est plus nécessairement la croissance, mais le profit. Et la valeur travail s’y est beaucoup dévaluée. On en a une idée: quand une entreprise supprime des emplois, ses actions sont en hausse. Ce capitalisme est maintenant bien installé. Pour lui, la crise est finie. Mais la crise n’est pas finie pour tout le monde puisque, en Europe, l’on recense 20% de chômeurs (au total, si l’on compte le sous-emploi). Ce chômage touche toutes les catégories et toutes les classes sociales.

Ce système capitaliste ne résout rien malgré ses airs triomphants; la santé, le travail, l’enseignement périclitent. Pendant que d’autres gagnent énormément d‘argent, prospérité qui s’affiche dans le centre des villes. Les gouvernements conseillés par le économistes néolibéraux estiment qu’il faut encore renforcer l’orientation actuelle de l’économie en dérégulant encore un peu plus, en supprimant les activités diverses qui relevaient encore de la puissance publique (crédit, poste, communication etc.). Il faut encore laisser plus de liberté et de place au marché. Celui-ci est devenu le régulateur de l’ensemble de la société. Les gouvernements sont aux mains de technocrates qui obéissent à l’école néolibérale. Dans les Universités, c’est la même chose et les enseignants sont imprégnés de cette même mentalité. La construction de l’Europe obéit au même modèle même si elle est, parmi les diverses unions qui se mettent en, place dans les diverses régions du monde, celle qui est la mieux pensée. Le capitalisme est en effet favorable à l’émergence de ces grandes zones mondiales (UE, ALENA, ASEAN etc.). Le risque existe que, comme pour les Etats-Nations jadis, certaines de ces zones mondiales soient tentées de transporter les concurrences économiques dans le domaine politique.

Et la Wallonie? Cette région a été de la première révolution industrielle. Elle a manqué, notamment à cause des holdings, la deuxième révolution industrielle (mécanique, automobile, chimie). En revanche, elle est parfois bien placée face aux mutations d’aujourd’hui: participation au programme Ariane et, en général, aux industries de l’espace, petites entreprises liées à l’informatique, l’aviation. Les entreprises wallonnes constituent, dans le monde capitaliste d’aujourd’hui, une base économique suffisante. Le problème, c’est que, alors que dans la période précédente, l’économie et la société étaient articulées entre elles, aujourd’hui, le développement économique n’est plus nécessaiorement synonyme de progrès social. La société doit en quelque sorte se développer par elle-même en ce qui concerne la santé, le logement, l’enseignement etc. A noter que les PME, aussi, subissent la crise parce qu’elles dépendent majoritairement du revenu des gens pour écouler leurs produits.

Pour Riccardo Petrella, qui désire partir de la Wallonie, la première donnée à prendre en compte c’est la capacité (pour une région, pour un individu etc.) d’offrir des biens et des services à prix compétitifs. Si elle perd cette capacité, elle est marginalisée et abandonnée par l’économie capitaliste. Dans une économie capitaliste, le développement perdure là où elle y trouve son intérêt. Si celui-ci s’estompe, le capital l’abandonne. Jadis, lorsqu’une région était menacée d’abandon, l’Etat pouvait encore intervenir parce qu’il était lui-même un agent important du développement. Aujourd’hui où les différents pays sont plus profondément imprégnés des réquisits de l’économie de marché, la région est vouée au déclin. Et, par exemple, s’il n’y avait pas de transferts sociaux opérés au niveau belge, au lieu d’avoir 6% de Wallons avec un revenu inférieur au revenu moyen disponible (revenu médian: 30.000 F par mois), il y en aurait 44%. Si nous laissons agir les règles au niveau économique international qui veulent que le marché soit le seul dispositif régulateur, la Wallonie n’a plus comme avenir que d’être désertifiée. La main d’oeuvre wallonne est certes hautement qualifiée mais il existe en Europe une main d’oeuvre qui peut être qualifiée aussi ou à qui l’on peut donner cette qualification et qui est moins chère: dès lors, des délocalisations comme celle de Renault sont logiques. La thèse néolibérale serait de dire qu’il vaut mieux que les 38% de Wallons encore épargnés par la pauvreté y sombrent. A ce moment-là, les Wallons, qui n’auront plus rien à perdre, se battront pour en sortir, coûte que coûte. Si la Wallonie reste peuplée d’assistés sociaux, elle doit inévitablement périr. Même les gens les plus à gauche se laissent gagner par cette mentalité. L’impression dominante aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas d’autre choix que de trouver la meilleure place dans le capitalisme actuel. Certains estiment simplement que les Wallons doivent redevenir les meilleurs, ce qui est déjà vrai pour certaines entreprises (l’espace, l’informatique).

Pour Riccardo Petrella, l’alternative est ailleurs. Il n’est nullement avéré que le système économique actuel représente la meilleure manière de produire ni d’obtenir la meilleure allocation de ressources et de produits. On sait que la croissance a été plus rapide entre 1945 et 1980 qu’entre 1980 et aujourd’hui. Si, de 1960 à 1994, la richesse du monde a triplé, la pauvreté s’est à ce point accrue qu’il y a maintenant 2,7 milliards d’êtres humains qui gagnent moins de 2 dollars par jour. Et la croissance de cette pauvreté est supérieure à celle de la démographie. Il y a en outre une extrême fragilité des marchés financiers. Le système, à cause de sa grande volatilité, a perdu son efficacité et ne se contrôle plus vraiment lui-même. La ruine des dragons asiatiques (Corée, Malaisie…) est là pour le confirmer. Le Japon lui-même n’y échappe pas. Il faudrait instituer un “ Conseil mondial de la sécurité financière ”, organisme qui représenterait une reprise du contrôle du privé par le politique. Il faudrait aussi, par exemple, un “ Contrat mondial de l’eau ” et que celle-ci soit considérée comme un bien collectif de l’humanité, qu’elle ne devienne pas le pétrole du siècle prochain avec les guerres qui y seraient liées.

Pour Yves de Wasseige, il importe d’être prudent lorsque l’on parle de l’économie wallonne en termes pessimistes. Il y a par exemple de petits holdings comme Sambrinvest qui ont permis aux imprimeries de la région de Charleroi de faire de celle-ci un pôle d’excellence dans ce domaine par des aides financières judicieuses. On observe que le développement économique d’une région se fonde sur un substrat complexe. Ainsi, au temps de la première révolution industrielle, on a pu observer qu’une industrie sidérurgique ne s’implantait par exemple pas au Borinage qui, pourtant, regorgeait de charbon, mais que cette sidérurgie naissait dans les vallées de la Sambre et de la Meuse (et au début, dans leurs affluents) parce qu’une tradition séculaire du fer y avait été vivante. Il n’y a pas que certaine niches (espace, informatique) qui représentent des chances de développement pour la Wallonie, il y a aussi d’autres éléments porteurs de développement économique endogène comme le développement des services (santé, enseignement, logement). On constate d’ailleurs que le PIB wallon – c’est un chiffre récent – a augmenté plus vite en Wallonie en 1990-1994 qu’en Flandre (source Eurostat – Regio) (mais les niveaux de départ diffèrent).

Pour Riccardo Petrella, la propension à redistribuer les richesses produites n’est pas fondée seulement sur une simple opportunité matérialiste et sociale, sur le simple idéal d’avoir l’économie la plus performante en termes de production et de répartition. On se doit de vouloir redistribuer à partir du moment où, dans une société, on refuse que la plupart de ses membres deviennent des jouets de l’ Histoire et ne fassent plus que la subir. Aujourd’hui, l’économie mondialisée empêche les êtres humains d’être eux-mêmes, tue la démocratie qui implique que des intérêts divergents se mettent autour de la table pour passer entre eux des compromis.

Les quatre grandes forces qui peuvent modifier les choses, lentement, sont les suivantes. Il y d’abord la société civile: il y a 1..500.000 organisations, associations dans le monde qui s’occupent d’écoles de devoirs, des jeunes drogués, des femmes battues, des rapports entre la justice et les justiciables etc. On peut penser que sans ces organisations, des villes comme Bruxelles par exemple ou Charleroi s’écrouleraient. Ce ne sont pas les banques qui font fonctionner la société vivante, mais ces milliers de molécules du tissu associatif. Il y a les leaders urbains, qui sont infiniment plus proches des immenses handicaps créés par la mondialisation que les leaders nationaux et internationaux et qui savent qu’il faudra y répondre sous peine d’aller au pire. Il y a ensuite l’élite éclairée, c’est-à-dire les cadres du capitalisme mondialisé, les bureaucrates des grande organisations internationales, les technocrates de banques et même les économistes qui deviennent de plus en plus conscients de menaces qu’annonce la dérégulation absolue. Il y a enfin les sacrifiés, ceux que les mutations économiques ont laissé en route et qui peuvent s’organiser en comité de chômeurs, en banques qui prêtent aux pauvres (comme au Bengladesh). En renforçant les liens qui peuvent exister entre ces quatre grandes forces sociales porteuses de révolte contre le désordre établi, on peut espérer des changements. Et pour commencer, au niveau de l’idéologie, car il faut casser ce sentiment trop répandu qu’il n’y aurait rien d‘autre à faire, qu’il n‘y aurait qu’une seule politique économique possible à mener.

Pour notre part, nous dirions que, au-delà de l’observation économique, la Wallonie qui, comme partie d’une Belgique se représentant comme immobile, a pu souvent croire échapper aux débats internationaux, doit rejoindre comme société le camp des exclus en vue de saper le mauvais système. Malgré nos faiblesses économiques, qui voisinent d’ailleurs d’énormes atouts, nous pouvons agir en Europe. Par exemple en menant une politique d’ouverture totale à l’intégration de tous les habitants de Wallonie comme citoyens, ce qui est manifestement souhaité par une majorité de la population, un sentiment que l’on ne retrouve pas dans de grands ensembles comme les Etats-Unis ou même la France. Nous pourrions aussi soutenir complètement les propositions d’un Hugues Le Paige sur une RTBF moins soumise aux faits divers comme elle l’est actuellement, à condition qu’elle se réoriente vers la Wallonie sans oublier Bruxelles, le Bruxelles des quartiers d’immigrés ou d’ex-immigrés pour commencer. Il y aussi tout ce que propose Yves de Wasseige en matière de développement endogène dans le domaine de la santé ou du logement avec le concours des PME. Que la Wallonie ne «  pourrait s’en sortir » – seul, en tout cas, personne ne le pourrait s’en sortir – c’est démenti par le dynamisme dont elle fait preuve d’ores et déjà dans les limites de son statut présent. Dynamisme de la société civile plus que des banques, des technocrates et des bureaucrates. Dynamisme sur qui pèse cependant, plus qu’ailleurs vu le passé, l’intimidation du capitalisme actuel auquel trop de dirigeants, notamment du PS, se sont résignés.

(Publié le 16 septembre 1994, mis à jour en 1997)

Préliminaires

1. L’étude se limite volontairement aux aspects économiques. Elle n’aborde pas les aspects sociaux, culturels ou autres d’un temps libre plus important, même si ces aspects peuvent, en eux-mêmes, déjà justifier une réduction du temps de travail.

2. Précisément parce qu’il s’agit des aspects économiques, l’étude comporte aussi les éléments susceptibles de ne pas faire supporter la totalité du coût supplémentaire d’une réduction du temps de travail sur les seules entreprises.

3. Les quatre axes majeurs de la proposition sont à considérer comme formant un tout cohérent, chacun contribuant à l’équilibre et à la faisabilité de l’ensemble.

  • Axe 1 : Réduction de la durée hebdomadaire du travail à 32 heures avec répartition du coût

Une proposition praticable est la suivante:

- après un délai de préparation et de négociations entre les partenaires sociaux, instauration par voie légale de la semaine de 32 heures en 4 jours, moyenne à ne pas dépasser sur chaque période d’un mois;

- application de la réduction au secteur privé, commercial ou associatif, et au secteur public à l’exception de l’enseignement;

- compensation du coût supplémentaire théorique ( maintien des heures prestées, sans effets de productivité) pour les entreprises, soit environ +18 %, de la manière suivante:

* – 5 %allégement des cotisations patronales de sécurité sociale, à condition d’embauche d’au moins 10% de personnes supplémentaires,

* – 3 %réduction moyenne des salaires bruts, soit 0 % pour les bas salaires, 3 % pour les salaires intermédiaires et 6 % pour les salaires élevés, les fourchettes étant à déterminer par la négociation,

* – 5 % gains moyens de productivité liée à la réorganisation ou compensation incomplète des heures,( ce chiffre est une estimation prudente, tous secteurs confondus, il pourrait selon les cas être nettement plus élevé ou plus faible),

* -1 % effet de substitution d’emplois moins chers (ancienneté, qualification),

* -X % gains de productivité liés à la croissance résultante laissés à la négociation.

- reste en balance au maximum 4 % à négocier entre les entreprises et les travailleurs, soit en intégrant la réduction déjà réalisée vers les 32 heures (au départ, 38 h ou 37h30 au lieu de 39 dans le calcul), soit en limitant les hausses salariales futures pendant 3 ans au maximum, ce qui permet à l’entreprise de conserver seule le bénéfice des accroissements de productivité au delà des 5 %, soit en réduisant les salaires de plus de 3 % (chiffre imposé) mais en prévoyant un rattrapage en trois ans en raison de l’accroissement de la productivité, soit en choisissant une formule combinée, soit encore en introduisant des formules de flexibilité des horaires de travail acceptables par les travailleurs et favorables à la réduction des coûts (par exemple travail du samedi ou travail à double équipe sans sursalaire );

- suppression de toutes les formes publiques d’aide directe à l’emploi, sauf l’allégement temporaire des cotisations de sécurité sociale pour les engagements de personnes moins qualifiées ou subissant le handicap d’un chômage de longue durée;

- trois mesures d’accompagnement:

* un durcissement des conditions d’application des heures supplémentaires, du travail intérimaire et du travail à durée déterminée;

* des parcours personnalisés de retour à l’emploi, par des programmes de formation, de recyclage et de remise en condition de travail des demandeurs d’emploi;

* une augmentation de 15% des budgets consacrés aux rémunération dans le secteur des soins de santé (hôpitaux, maisons de soins, maisons de repos) où les gains de productivité seront nuls et ne sont de toute manière pas souhaitables.

  • Axe 2 : Politique économique de développement au lieu de la politique de déflation pratiquée partout en Europe

Il y a deux manières de favoriser la compétitivité:

* soit une politique de forteresse: réduire sans cesse les coûts, en particulier les coûts salariaux par un ensemble de mesures dites de restructuration ou de réorganisation,

* soit une politique de mouvement: développer de nouveaux marchés, améliorer la qualité des produits et services, inventer de meilleures réponses aux besoins, favoriser le marché intérieur plutôt que la grande exportation (notre marché intérieur est maintenant l’Europe et, en tout cas les pays voisins immédiats).

La politique de forteresse entraîne des dégâts sociaux, approfondit la dualisation de la société et les inégalités, freine la croissance et le développement, rend plus difficile l’émergence de nouvelles entreprises; les économistes l’appellent une politique de déflation. La politique de mouvement peut s’appuyer sur une relance économique tournée essentiellement vers le marché intérieur, portant par exemple sur le logement, la rénovation urbaine et rurale, l’environnement et la maîtrise des déchets.

Au plan européen, le moment est venu de mettre en oeuvre un “plan Marshall” de grande envergure vers les pays de l’Est et d’amorcer de nouvelles relations de développement avec les pays d’Afrique; ces deux marchés constituent l’arrière-pays le plus proche.

  • Axe 3: Report d’une partie des cotisations de sécurité sociale du travail vers le capital

Au lieu de percevoir les cotisations patronales de sécurité sociale sur la masse salariale réelle de chaque entreprise, elles seraient calculées sur la “masse salariale adaptée”:

- le calcul de la part des salaires dans le chiffre d’affaires serait établi; ces données figurent dans les comptes annuels des entreprises;

- on fixerait une borne inférieure et une borne supérieure; en principe, ces bornes seraient identiques pour tous les secteurs, sauf celui de la distribution et celui des organismes de crédit où les calculs devraient être spécifiques;

- les entreprises, dont le rapport de la masse salariale au chiffre d’affaires est inférieur à la borne inférieure (les entreprises intensives en capital), se verraient appliquer une masse salariale fictive supplémentaire de manière à atteindre cette borne inférieure; les cotisations patronales seraient calculées sur cette masse salariale adaptée: elles paieraient donc davantage de cotisations;

- les entreprises, dont le rapport de la masse salariale au chiffre d’affaires serait supérieure à la borne supérieure (les entreprises intensives en emplois), se verraient déduire une masse salariale fictive de manière à revenir à cette borne supérieure; leurs cotisations patronales seraient calculées sur cette masse salariale adaptée: elles paieraient donc moins de cotisations;

- les entreprises, dont le rapport de la masse salariale au ou au chiffre d’affaires se trouve à l’intérieur des deux bornes ne seraient pas affectées par la mesure; on y trouverait d’ailleurs un grand nombre d’entreprises manufacturières.

Un tel critère est simple à calculer, il ne donne pas lieu à des vérifications coûteuses ou complexes. En outre, il ne change que peu de choses aux principes du système actuel. Il faut évidemment choisir les bornes, valeur inférieure et valeur supérieure, de manière à ce que le volume des cotisations perçues reste identique, le but étant d’assurer une solidarité entre les entreprises tout en maintenant l’équilibre financier de la sécurité sociale.

D’année en année, la fourchette entre les deux bornes peut être resserrée de manière à inclure plus d’entreprises tant en augmentation qu’en réduction pour renforcer la solidarité entre les entreprises et améliorer l’équilibre financier de la sécurité sociale. Ce système soutient l’emploi au lieu de le détruire: on obtient effectivement un transfert du coût du travail vers le coût du capital: l’investissement de rationalisation est moins immédiatement rentable, il sera donc moins pénalisant en termes d’emplois, sans pour autant affecter les coûts.

Ce système favorise les entreprises à haute intensité d’emploi, c’est-à-dire celles qui éprouveront le plus de difficulté à supporter une réduction de la durée du travail. A l’inverse, il défavorise les entreprises à faible intensité d’emploi, c’est-à-dire celles qui peuvent le plus facilement supporter un accroissement du coût salarial parce qu’il ne représente qu’une faible part de leur coût total. Ce système n’exclut pas un financement partiel et limité de la Sécurité sociale par la fiscalité, par exemple par une taxe sur le CO2, comme on l’envisage au niveau européen.

Outre cette mesure, il faudrait aussi, malgré les difficultés, rééquilibrer la fiscalité sur les revenus du capital et la fiscalité sur les revenus du travail.

Axe 4: Développement de l’économie sociale et des emplois de proximité

- l’économie sociale

L’économie sociale obéit à d’autres règles que celles du profit qui guident l’entreprise commerciale. Ses règles reposent sur les principes de solidarité et de participation ainsi que sur les valeurs d’autonomie et de citoyenneté. Les coopératives ne sont plus guère présentes en Belgique, sauf, partiellement, dans quelques rares secteurs comme les pharmacies ou certaines activités agricoles. Les mutuelles ont poursuivi leur voie propre, elles sont associées, voire intégrées au système de sécurité sociale.

Les exigences de productivité et la disponibilité de l’emploi font que les entreprises n’engagent pas les moins qualifiés ou les moins aptes selon leurs critères.

Il faut donc pouvoir créer des entreprises, produisant et vendant des biens ou des services marchands et considérées comme de vraies entreprises à cette différence que leur objectif n’est pas le profit. Leur objectif est social: répondre à des besoins sociaux, donner une formation à des jeunes sans qualification, assurer une insertion sociale et socio-professionnelle des exclus, etc.

Il existe déjà un certain nombre de ces entreprises qu’on range dans cette branche de l’économie sociale. Elles se situent le plus souvent dans la construction, l’isolation et l’entretien d’habitations, le nettoyage de locaux ou de vitrines, certaines activités artisanales (boulangerie, vêtements de seconde main, etc), ramassage et valorisation de vêtements usagés, métiers de l’environnement, restaurants, menuiserie, etc.

Ces entreprises rencontrent de nombreuses difficultés qu’il faudrait pouvoir surmonter: double cotisation de sécurité sociale des animateurs au régime des salariés et au régime des indépendants, reproche de concurrence déloyale par rapport aux PME du secteur, difficulté de se faire enregistrer (secteur de la construction), etc.

Depuis la loi du 13 avril 19951(1), l’obstacle du statut est levé. Cette loi modifiant la loi coordonnée sur les sociétés commerciales a créé le statut de société à finalité sociale. Il s’agit de Société anonyme, de SPRL ou de coopérative qui outre les règles propres à ces statuts choisissent d’être SA à finalité sociale, SPRL à finalité sociale ou Coopérative à finalité sociale.

Quatre éléments majeurs caractérisent la société à finalité sociale:

* l’inscription dans les statuts d’une définition précise du but social auquel sont consacrées les activités visées dans l’objet social; pour les sociétés qui ne sont pas à finalité sociale, ce but ne doit pas être défini puisqu’il est nécessairement le profit;

* la présentation d’un rapport annuel spécial, à soumettre à l’assemblée générale, sur la manière dont la société a veillé à réaliser la finalité sociale qu’elle s’est donnée;

* la limitation ou l’absence de distribution du bénéfice aux associés, par les stipulations figurant dans les statuts en respectant les limitations prévues dans la loi;

* l’inscription dans les statuts des modalités d’accession des membres du personnel à la qualité d’associés en vue de favoriser la participation des travailleurs à la gestion.

Cette même loi a prévu la possibilité pour une ASBL (association sans but lucratif) de se transformer en société à finalité sociale en modifiant la loi de 1921 sur les ASBL.

Les EFT (entreprises de formation par le travail), anciennement appelées EAP (entreprises d’apprentissage professionnel) reconnues par la Région wallonne ou les ateliers de travail adapté, anciennement ateliers protégés pour handicapés, sont des formes particulières d’entreprises qui sont rangées dans l’économie sociale.

- les emplois de proximité

La réduction du temps de travail n’apportera cependant pas encore une solution complète au problème du chômage:

- indépendamment d’un chômage frictionnel qu’on ne pourra jamais réduire, ni d’une présence au chômage de personnes inaptes en raison de conditions physiques, de circonstances sociales ou de l’âge, il restera encore 200.000 à 300.000 personnes disponibles pour le travail,

- il est vraisemblable qu’une grande majorité de ces personnes restant disponibles pour le travail ont néanmoins divers handicaps sociaux qui rendent leur engagement difficile: qualification professionnelle faible ou mal adaptée, problèmes psychologiques et sociaux, difficultés d’insertion dans le travail en raison d’un chômage de longue durée. Il faut donc parallèlement mettre en oeuvre des mesures de réinsertion socio-professionnelle débouchant sur des emplois d’une nouvelle nature.

Les moyens à mettre en oeuvre pour parvenir progressivement à une réinsertion professionnelle ont déjà été définis et expérimentés par les EAP (entreprise d’apprentissage professionnel), les EFT (entreprise de formation par le travail) qui leur ont succédé, les ASBL dites d’insertion et par des initiatives comme les Missions régionales ou les Missions locales.

Le problème est de trouver des emplois. Simultanément, on constate que nombreux besoins sociaux ou collectifs ne sont pas satisfaits et qu’ils pourraient l’être par des personnes peu qualifiées qui y retrouveraient une activité, un revenu meilleur que les allocations de chômage ou le minimex, un sentiment d’utilité et un statut social.

Ces services existent déjà mais seulement lorsqu’ils sont subsidiés ou sont exercés par les pouvoirs publics locaux dans la limite étroite de leurs moyens budgétaires. Il s’agirait de développer à partir de noyaux responsables déjà reconnus ou agréés (mutuelles, CPAS, hôpitaux, maisons de repos, musées, maisons de jeunes, maisons de la culture, par exemple), des initiatives d’aides sociales ou d’intérêt collectif où seraient intégrées, à leur demande, les personnes bénéficiant d’une indemnité de chômage, du minimex ou d’une prépension. Ces personnes seraient rémunérées suivant un contrat de travail normal par l’organisme qui les emploierait. Celui-ci percevrait directement les indemnités de chômage ou minimex de la personne qu’il occuperait. Seul le complément de revenu serait à charge de l’organisme mais il pourrait être compensé par une contribution des utilisateurs ou bénéficiaires des services prestés.

Bon nombre de projets d’animation de quartier, de garde à domicile d’enfants malades, de repas à des personnes âgées ou handicapées, d’entretien de parcs publics, d’entretien de monuments, de garde de musées, etc pourraient ainsi voir le jour. Ce pourrait être une variante plus constructive et socialement plus justifiée des “agences locales pour l’emploi”, puisqu’il s’agirait ici de répondre à des besoins sociaux et à des besoins collectifs, tout en créant des emplois. Simultanément s’opérerait progressivement l’acquisition d’une qualification qui pourrait permettre ultérieurement le passage vers les entreprises ou les administrations.

(1) Loi du 13 avril 1995 modifiant les lois sur les sociétés commerciales coordonnées le 30 novembre 1935, Moniteur belge du 17 juin 1995.

Appréciation des effets d’une réduction de la durée du travail à 32 heures par semaine

- effets sur l’emploi (équivalents temps plein )

maximum théorique

486.000

maximum réalisable

351.000

minimum attendu

263.000

- effets budgétaires sur la Sécurité sociale et les finances publiques

nul si on atteint 263.000 emplois supplémentaires
positif si on dépasse 263.000 emplois supplémentaires

Références
demandeurs d’emploi inoccupés 591.000
chômeurs âgés 74.000
temps partiel involontaires 157.000
prépensions 136.000
emplois (équivalents temps plein)
secteur privé 1.976.000
secteur public 524.000
Total 2.500.000
effets relatifs
La réduction du temps de travail à 32 h/semaine peut provoquer
Une hausse de l’emploi
Minimum attendu +10% de l’emploi
Maximum réalisable +14% de l’emploi
Une réduction du chômage
Minimum attendu -42%
Maximum réalisable -56%
Publié par : Pierre Dutron | 01/01/1983

MANIFESTE POUR LA CULTURE WALLONNE (1983)

Nous, signataires de ce texte, femmes et hommes, auteurs, musiciens, cinéastes, acteurs, chanteurs, peintres, écrivains, animateurs, scientifiques, journalistes, historiens,… souhaitons affirmer notre véritable appartenance: NOUS SOMMES ET NOUS NOUS SENTONS ÊTRE DE WALLONIE.

La Wallonie est confrontée, au travers d’une crise économique violente, à tous ceux qui contestent sa réalité et ses possibilités d’avenir. Avec tous les Wallons, il nous revient de faire face à ces menaces en affirmant dans le même mouvement notre unité et notre autonomie. Unité, autonomie: l’une ne saurait aller sans l’autre lorsqu’il s’agit d’une Région que l’histoire et les rapports de dépendance ont morcelée et parfois durablement divisée. De Tournai à Verviers, d’Arlon à Wavre, c’est un seul et même territoire qui va donner contour et profil à l’ensemble qu’il forme. La Wallonie entend désormais exister sur la carte des Etats comme entité propre.
Nous existons, nous voulons retrouver ce qui nous appartient, nous voulons vivre ensemble, dans les conditions qui nous conviennent. De ce point de vue, ceux qui, ici même, en appellent au peuple wallon savent fort bien que nos luttes présentes sont d’abord économiques. L’exemple de la sidérurgie est dans tous les esprits. Nous entendons être aux côtés de ceux qui mènent ce combat. NOUS CROYONS POURTANT QUE L’ ACCESSION DE LA WALLONIE A SA PERSONNALITÉ DE PEUPLE ET À SA MATURITÉ POLITIQUE N’AURA PAS LIEU SI UN PROJET CULTUREL NE VA PAS DE PAIR AVEC LE PROJET ÉCONOMIQUE.
Les créateurs que nous sommes se reconnaissent dans une image positive de la Wallonie et de son peuple. Cette image qui nous identifie, nous entendons la représenter, la refléter, la réfléchir. Elle est liée à un long passé fait d’oeuvres et de produits mais aussi jalonné de combats et d’actes de résistance. Sans renoncer à ce patrimoine qui fonde notre identité, nous voulons aujourd’hui construire une Wallonie moderne qui renoue avec l’Histoire et la conscience de soi, qui renoue aussi avec ses paysages, ses manières d’être et ses symboles.
Nous de Wallonie, travaillons à des oeuvres et à des analyses où notre Région se désigne et s’exprime naturellement. Artistes, intellectuels, animateurs, nous avons choisi d’être ici et d’y rester. La Wallonie doit avoir ses propres centres de production et de diffusion cinématographiques, un théâtre avec ses scènes et ses compagnies, une littérature avec sa presse et ses éditeurs; nous voulons des structures pour la musique et la chanson, la peinture et l’architecture, la sculpture et la BD…; nous voulons encore que les entreprises d’action culturelle disséminées sur tout le territoire soient véritablement reconnues et soutenues.
Nous en avons assez de l’incivisme ordinaire qui culpabilise les Wallons et paralyse leurs énergies.
Il y a, dit-on, chez les Wallons un penchant à la timidité sceptique et moqueuse qui les préserve avec bonheur du racisme et de ce qu’il peut y avoir de borné dans certain nationalisme. Notre projet culturel n’est entaché ni de nationalisme étroit, ni de racisme. Il est simplement lié au refus des tutelles économiques, politiques, ou culturelles qui nous étouffent et risquent de nous précipiter dans le déclin. Tout peuple aujourd’hui est fier de ses oeuvres et se bat pour les faire reconnaître, voire les imposer contre les produits standard des multinationales et du kitsch culturel.
Il revient à l’école d’établir le contact entre les jeunes et la culture wallonne. Peuple amnésique, nous avons trop négligé notre histoire. Peuple passif, nous laissons étouffer notre culture sous les produits du village planétaire. Ce qui vaut pour l’art vaut tout autant pour l’invention technologique et la recherche scientifique. Une nouvelle génération entre en scène. Donnons-lui toute occasion de prendre, d’apprendre et d’agir.
Mais l’avenir de la culturel wallonne est affaire de pouvoirs et de ressources. Il faut construire et gérer.
A cet égard, nous ne pensons pas que la Communauté Française de Belgique nous représente et nous définit véritablement; celle-ci nous semble une notion hybride et artificielle qui n’est de nulle part. La Communauté Française de Belgique aggrave la dépendance culturelle des Wallons par rapport à des centres qui leur sont extérieurs. Elle ne peut que réduire le pays wallon à une province culturelle francophonie.
C’est d’ailleurs le bon sens: on n’imagine pas une entité politique choisissant sa capitale en dehors de son territoire. Or les décisions de politique culturelle sont prises de Bruxelles et les moyens financiers dans les domaines du théâtre, du cinéma, de la littérature sont concentrés dans la capitale. Nous avons pour capitale une ville qui n’est pas wallonne et qui ne souhaite pas se reconnaître comme appartenant à la communauté wallonne.
Nous sommes néanmoins conscients des problèmes spécifiques que doivent affronter les Bruxellois dans la Belgique d’aujourd’hui. Nous revendiquons pour Bruxelles un statut qui lui permette de se gérer de façon autonome de la même manière que la Flandre et la wallonie. Nous souhaitons l’alliance avec Bruxelles mais dans de nouvelles distributions institutionnelles QUI RESPECTENT LA COHÉRENCE ENTRE L’EXISTENCE POLITIQUE DE LA WALLONIE, SON PROJET ÉCONOMIQUE ET SA PRODUCTION CULTURELLE.
A Wallonie autonome, culture autonome. Nous voulons exister dans et par notre culture mais en symbiose avec un devenir social, politique et économique. Pour cela, nous voulons disposer de moyens propres à mettre en place une telle autonomie.
D’abord un pouvoir susceptible de définir et d’appliquer une politique.
Ensuite des ressources financières qui ne soient pas dérisoires (comme le sont aujourd’hui celles de l’Exécutif Régional Wallon).
Enfin une infrastructure d’outils et d’instances qui couvrent le territoire et reflètent sa diversité.
La culture wallonne est une culture minoritaire mais vivante, tolérante et pluraliste. Nous sommes conscients de nos particularismes locaux mais nous vivons le moment historique où nos diversités doivent être le creuset de nos forces. Sont de Wallonie sans réserve tout ceux qui vivent, travaillent dans l’espace wallon. Sont de Wallonie toutes les pensées et toutes les croyances respectueuses de l’homme, sans exclusive.
En tant que communauté simplement humaine, la Wallonie veut émerger dans une appropriation de soi qui sera ouverture au monde.

Liste des premiers signataires

Arbitol Maurice, Economiste; Aghion Jacques, Biologiste; André Paul, Ecrivain; Andrien Jean-Jacques, Cinéaste; Antaki Michel, Architecte-Urbaniste; Barbez Daniel, Auteur-Interprète; Baronheid Marc, Ecrivain; Bawin Bernadette, Sociologue; Beaucarne Julos, Chanteur; Blavier André; Bologne Maurice, Professeur honoraire; Bologne-Lemaire Aimée, Préfète honoraire; Bury Jacques, Professeur; Bya Joseph, Ecrivain; Cabay Guy, Musicien; Capiau Jean, Directeur de galerie; Chabot Jean-Pierre, Chanteur-Agent de développement; Chassard Jean-Pierre, Animateur-Formateur; Clara Alain, Licencié en histoire; Comès Didier, Dessinateur de B.D.; Daniel Alain, Réalisateur-TV; Denis Guy, Ecrivain; Dubois André-Joseph, Ecrivain; Dubois Jacques, Professeur de Lettres; Edeline Francis, Poéticien; Fautré René-Louis, Fonctionnaire; Fontaine José, Journaliste; Gassel Ita, Ethnologue; Génicot Léopold, Historien; Génicot Louis-Francis, Historien; Geoffroy Jean-Luc, Animateur; Gillain Bernard, Journaliste; Hainaux René, Comédien; Hartman, Chantal, Cinéaste;  Haumont thierry, Ecrivain; Hausman René, Dessinateur; Hesbois Emile, Ecrivain-Animateur; Houben Steve, Musicien; Hourez Roland, Auteur dramatique, Imhauser Marcelle, Journaliste; Klinkenberg Jean-Marie, Professeur de Lettres; Lambert Gérard, Economiste; Lange André, Chercheur en communication de masse; Leboutte Patrick, Etudiant; Lefin Paul, Responsable d’associations dialectales; Lenaerts André, Comédien; Louvet Jean, Auteur dramatique; Martin Michel, Docteur en médecine; Meyer Paul, Cinéaste; Michel Thierry, Cinéaste; Minguet Philippe, Esthéticien; Mohimont Serge, Chanteur; Mounège Roger, Directeur de revue; Neys Robert, Journaliste; Nihoul Jacques, Ingénieur physicien; Noël Pierre, Animateur-Formateur; Orban Joseph, Ecrivain; Pireaux Christine, Cinéaste; Pirotte Jean, Historien; Quévit Michel, Socio-économiste; Ringlet Gabriel, Prêtre, chargé de cours; Romus André, Journaliste et peintre; Servais Jean-Claude, Auteur de B.D.; Simon Manu, Réalisateur Ciné/TV; Stas André, Pataphysicien; Tournemenne Jean-Marie, Peintre; Trinon Hadelin, Professeur; Vandevelde Charles, Architecte; Vandycke Yvon, Artiste peintre; Verdin José, Economiste; Verspeelt Liliane, Journaliste; Viatour Georges, Economiste; Voiturier Michel, Chroniqueur artisitique; Watrin Jean-Claude, Chanteur.

Publié par : Pierre Dutron | 23/04/1916

PROCLAMATION DE LA REPUBLIQUE

(Affiche imprimée au Liberty Hall le dimanche de Pâques, 23 avril 1916)

POBLACHT NA hElREANN

Le Gouvernement Provisoire de la République Irlandaise au peuple d’Irlande

IRLANDAIS ET IRLANDAISES:

Au nom de Dieu et des générations disparues dont elle reçoit son antique tradition de nationalité, l’Irlande, par nos voix, appelle ses enfants autour de son drapeau pour conquérir sa liberté.

Ayant organisé et entraîné ses hommes au moyen de son organisation révolutionnaire secrète, l’lrish Republican Brotherhood, et de ses organisations militaires publiques, les Irish Volunteers et la Irish Citizen Army ayant patiemment perfectionné sa discipline, ayant résolument attendu le moment propice pour se manifester, elle saisit maintenant ce moment, et, aidée par ses enfants exilés en Amérique et par ses braves alliés d’Europe, mais comptant d’abord sur sa propre force, elle marche pleine de confiance dans la victoire.

Nous déclarons souverain et imprescriptible le droit du peuple d’Irlande à la propriété de l’Irlande, et à la libre direction des destinées irlandaises. La longue usurpation de ce droit par un peuple et un gouvernement étrangers n’a pas détruit ce droit qui ne peut jamais être détruit que par la destruction même du peuple irlandais. Toutes les générations du peuple irlandais ont affirmé leur droit à la liberté et à la souveraineté nationales: six fois au cours des 300 dernières années, elles l’ont affirmé par les armes. Se basant sur ce droit fondamental et l’affirmant encore par les armes à la face du monde, nous proclamons ici la République Irlandaise État indépendant et souverain, et nous vouons nos vies et celles de nos compagnons d’armes à la cause de sa liberté, de sa prospérité, et de son élévation parmi les nations.

La République irlandaise a droit à l’obéissance -qu’elle réclame par la présente proclamation- de tout Irlandais et Irlandaise. La République garantit la liberté civile et religieuse, des droits égaux et un traitement égal à tous ses citoyens et affirme sa volonté de travailler au bonheur et à la prospérité de la nation entière et de toutes ses parties, ayant un égal soin de tous les enfants de la nation, et oubliant les différences soigneusement entretenues par un gouvernement étranger qui ont dans le passé séparé une minorité de la majorité.

Jusqu’à ce que nous ayons par nos armes atteint le moment opportun pour l’établissement d’un Gouvernement National permanent représentatif de la totalité du peuple d’Irlande et élu par les suffrages de tous les hommes et de toutes les femmes, le Gouvernement Provisoire, ici constitué, administrera les affaires civiles et militaires de la République comme un dépôt confié par le peuple.

Nous mettons la cause de la République Irlandaise sous la protection du Très-Haut, dont nous appelons la bénédiction sur nos armes et nous prions pour que nul serviteur de cette cause ne la déshonore par lâcheté, inhumanité ou rapine. A cette heure suprême la nation irlandaise doit, par sa valeur et sa discipline, et par l’empressement de ses enfants à se sacrifier pour le bien commun, se montrer digne de l’auguste destinée à laquelle elle est appelée.

Signé au nom du Gouvernement Provisoire,
Thomas J. CLARKE,
Sean MACDIARMADA, Thomas MAGDONAGH,
P.H. PEARSE, Eamonn CEANNT,
James CONNOLLY, Joseph PLUNKETT.

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